Erythrée: la fuite massive des jeunes commence à inquiéter le régime

Le régime autoritaire du président érythréen Isayas Afewerki pousse chaque année des milliers de jeunes à quitter le pays.
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Selon le dernier rapport d'International Crisis Group, l'Érythrée fait face à un véritable exode de sa jeunesse qui va finir par poser problème, non seulement au régime d'Asmara, mais aussi aux pays voisins. Le texte qui vient d'être publié par cette ONG décrit comment le régime d'Issayas Afewerki, par son autoritarisme, a provoqué cet exode, comment il s'en est accommodé un moment et a fini par s'alarmer de l'ampleur du phénomène.

Le rapport d'ICG rappelle que l'émigration érythréenne est un phénomène ancien : les années 1960 avaient donné lieu à des départs vers Addis-Abeba, la ville impériale, ou vers les pays arabes. Mais le régime autoritaire installé par l'Eritrean People's Liberation Front (EPLF) après1991 a donné au phénomène une ampleur qu'il n'avait jamais connue. Les jeunes ont notamment cherché à fuir de plus en plus nombreux le service national devenu ensuite conscription militaire.

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Dans un premier temps, le pouvoir a appliqué une politique de « tolérance zéro » en louant les services de groupes paramilitaires chargés d'abattre les « déserteurs ». Puis les autorités se sont, selon International Crisis Group, accommodées du problème, car le départ de ces jeunes permettait non seulement d'éloigner de potentiels perturbateurs, mais aussi d'injecter des devises dans l'économie grâce aux transferts d'argent envoyé à leurs parents.

L'ampleur du phénomène a finalement conduit à un nouveau changement d'attitude. Selon les Nations unies, quelque 300 000 personnes ont fui l'Érythrée depuis l'an 2000. Au bas mot, 4 000 Érythréens prennent le chemin de l'exil chaque mois. Signe de leur gêne, les autorités d'Asmara ont réclamé une commission d'enquête onusienne. ICG appelle la communauté internationale à s'intéresser au problème, car, dit le rapport, le poids de ces départs vers l'Europe et les pays voisins sera de plus en plus lourd à porter.