Ebola: à West Point au Liberia, la quarantaine commence à durer

Les habitants du quartier de West Point à Monrovia supportent de moins en moins la quarantaine et la tension commence à monter.
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Le bidonville de West Point dans la banlieue de Monrovia au Liberia est en quarantaine depuis mercredi soir. Quatre jours auparavant, l'attaque dans ce quartier d’un centre médical avait provoqué la fuite de 17 patients porteurs du virus Ebola. Si ces derniers ont depuis été retrouvés et transférés vers un autre centre, les autorités redoutent toujours la propagation du virus.

Depuis l’instauration mercredi soir d’un couvre-feu, le bidonville de West Point reste quadrillé par les forces de l’ordre. Les quelque 75 000 personnes qui s’y entassent ne peuvent en sortir pour cause d’épidémie d’Ebola. « Pour le moment, décrit Thomas Tweh, professeur et habitant du quartier, personne ne quitte West Point et personne n’y entre, mis à part quelques officiels du gouvernement, l’armée et quelques organisations internationales. En ce qui concerne Ebola, il n’y a plus de centre de traitement pour les patients ni d’équipements puisque le centre qui était ici a été fermé ».

Une situation difficile à vivre pour les habitants du quartier qui se retrouvent seuls face à l’épidémie :

« Le gouvernement a dit qu’il y avait beaucoup de personnes contaminées par Ebola. Ma question est simple, s'agace Thomas Tweh : depuis samedi, il y a eu cinq morts dans tout le pays. Personne n’est mort à West Point. Donc, quand ils disent qu’Ebola est là, personne n’a rien vu, personne n’est mort. Alors, pourquoi dire qu’il y a plein de gens porteurs du virus ? Comment le gouvernement peut-il dire ça ? »

Pour Roosevelt Woods, président d’une ONG de défense des droits de l’homme, toute cette confusion était prévisible :

« Toute cette action résulte d'une information disant qu'une partie des gens de ce bidonville était porteuse du virus. Cela confirme que la criminalisation d'Ebola a aggravé la situation. Le gouvernement a atteint le point où il doit désormais travailler avec les gens de la communauté au lieu de les mettre en garde. De cette manière, ils pourront ainsi gérer la situation ».

■ Le Sénégal ferme sa frontière terrestre avec la Guinée

Le coordinateur de l’ONU David Nabarro est attendu ce vendredi au Liberia. En début de semaine, il avait annoncé vouloir y mobiliser 7 500 Casques bleus.

Avant Freetown, Conakry et Abuja, David Nabarro est arrivé hier à Dakar, alors que le Sénégal a annoncé la fermeture de sa frontière terrestre avec la Guinée. Cette mesure s'applique aussi aux frontières aériennes et maritimes pour les aéronefs et navires en provenance de la République de Guinée, de la Sierra Leone et du Liberia, selon un communiqué du ministère sénégalais de l'Intérieur. Le Sénégal avait déjà fermé ses frontières terrestres avec la Guinée du 30 mars au 6 mai, puis les avait rouverts « en raison de l'évolution positive de cette épidémie ».