Ebola: la souche Zaïre confirmée en RDC

Une unité d'isolation de patients touchés par le virus Ebola, en RDC, lors d'une précédente manifestation du virus Ebola en 2009.
© Luis Encinas/MSF

Six des huit prélèvements effectués sur des malades en République démocratique du Congo se sont révélés positifs au virus Ebola. Depuis le 11 août, 13 personnes sont mortes dans un secteur reculé de la province de l'Equateur à 800 km environ au nord-est de Kinshasa. Les examens approfondis ont permis de confirmer que la souche de la maladie en RDC est bien celle dite «Zaïre». Eric Leroy, directeur général du Centre international de recherches médicales, le laboratoire de Franceville au Gabon qui a réalisé le diagnostic, répond aux questions de RFI.

RFI : Votre laboratoire a analysé les prélèvements effectués sur les malades en République démocratique du Congo. Les résultats sont définitifs, quels sont-ils ?

Eric Leroy : Notre laboratoire a été requis en tant que centre collaborateur OMS pour diagnostiquer la fièvre hémorragique virale et donc le virus Ebola et effectivement on a confirmé les résultats obtenus par Kinshasa et donc nous avons confirmé les résultats positifs au virus Ebola Zaïre. Pour l’instant on est à l’étape de diagnostic, qui consiste juste à identifier ou non le virus Ebola à l’intérieur des prélèvements biologiques et à identifier l’espèce.

Vous savez que le virus Ebola est subdivisé en cinq espèces : Soudan, Zaïre, Côte d’Ivoire, Reston et Bundibugyo et nos systèmes nous permettent justement de différencier l’espèce. Après pour la caractérisation de la souche elle-même, on est obligé d’attendre le résultat du séquençage c'est-à-dire la caractérisation de toute la séquence du génome du virus. Là le test nous a montré qu’il s’agissait de l’espèce Zaïre et maintenant pour avoir une caractérisation plus fine de la souche, on est obligé d’attendre le séquençage que nous obtiendrons, je l'espère, d’ici le week-end.

Combien de prélèvements exactement avez-vous reçus et d’où viennent-ils ?

Nous avons reçu huit échantillons biologiques qui viennent de l’IRMB (l’Institut national de recherches biomédicales à Kinshasa) qui avait effectué les premières analyses. Les huit échantillons biologiques proviennent évidemment de huit patients de la zone touchée et sur ces huit échantillons biologiques, nous avons confirmé la présence du virus Ebola dans six d’entre eux. Les deux autres, ça peut-être tout à fait une autre maladie car il faut savoir qu’Ebola exprime des symptômes qui sont tout à fait communs contrairement à ce qu’on pense et qui peuvent être confondus avec beaucoup d’autres maladies comme un simple paludisme, une gastro-entérite et puis la typhoïde. Enfin, il y a beaucoup d’autres maladies qui ressemblent à l'infection par le virus Ebola.

Est-ce qu’on peut dire que cette souche est différente quand même de la souche qui sévit actuellement en Afrique de l’Ouest ?

Tant qu’on n’a pas le résultat du séquençage, on ne peut pas être affirmatif à 100%, mais vu le contexte de l’apparition de ces derniers cas, il est quand même très fortement probable qu’il s’agit d’une souche différente. C’est un foyer qui est apparu dans un petit village donc le mouvement de population entre le petit village de la RDC et la Guinée est très, très peu probable. Si les cas étaient apparus dans une grande ville, là on aurait pu évoquer effectivement la possibilité d’une transmission de la souche. Et là c’est dans un village, donc ça évoque une nouvelle apparition, une nouvelle émergence du virus à partir d’une souche animale et donc une souche différente de celle de Guinée.

Justement, comment se fait-il que le virus apparaisse comme ça de temps en temps ?

Le virus ne peut pas vivre tout seul. Il vit comme un parasite, forcément à l’intérieur d’un organisme vivant, c’est ce qu’on appelle le réservoir. Et de très nombreux virus, pour ne pas dire la plupart, vivent à l’intérieur d’un organisme vivant qui est un animal, donc c’est ce qu’on appelle le « réservoir animal », donc l’hôte naturel du virus. Et là il vit en permanence, il n’apparaît pas, il ne disparaît pas, il est toujours présent. « L’animal réservoir » est porteur à un certain pourcentage. Ces animaux hébergent naturellement sans être malades le virus.

Et là pour ce qui concerne le virus Ebola, ce sont des espèces de chauve-souris. Donc le virus est toujours là dans les populations de chauve-souris. Par contre, il n’est pas toujours là dans l’espèce humaine. Ce qu’on appelle l’apparition d’une épidémie ou l’apparition d’une maladie, c'est lorsqu’il y a un transfert donc une transmission du virus de l’animal qui héberge en permanence le virus vers l’espèce humaine. Et les conditions de cette transmission sont connues, c'est essentiellement au niveau du dépeçage ou de la manipulation de ces animaux, que le transfert ou la transmission peut s’opérer.