Deux Premiers ministres pour un seul pays: le chaos libyen

A Benghazi, un avion de l'armée libyenne s'est écrasé lors des combats entre milices et troupes du général Haftar, le 29 juillet 2014.
© REUTERS/Esam Omran Al-Fetori

Le Conseil de sécurité a renforcé les sanctions de l’ONU contre les groupes armés en Libye. Depuis la chute de Mouammar Kadhafi, en octobre 2011, le pays est morcelé en une multitude de milices rivales. Mais ce chaos sécuritaire se double désormais d'un chaos institutionnel, puisque l'ancienne assemblée a nommé lundi un second Premier ministre.

Par Coralie Pierret

L'ancien Parlement en Libye, qui a officiellement terminé son mandat en juin, a repris du service. Il a nommé un nouveau Premier ministre, lundi 25 août. Sauf que la Libye dispose déjà d'un gouvernement provisoire. Le pays pourrait donc se retrouver avec deux gouvernements rivaux et deux assemblées. Mais cette situation n'est pas nouvelle. Au printemps dernier, la Libye avait déjà deux gouvernements.

Cette nomination du Premier ministre par le CGN, le Conseil général national, est en quelque sorte un pied de nez au nouveau Parlement. La nouvelle assemblée installée à Tobrouk est boycottée par les islamistes du CGN, l'ancienne assemblée. Ces derniers ont largement perdu les élections de juin dernier. Ils se sont de nouveau réunis à Tripoli ces derniers jours pour nommer le nouveau Premier ministre, après la victoire des milices islamistes à l'aéroport de Tripoli.

Les milices de Misrata contrôlent l'aéroport

En fin de semaine dernière, les brigades de Zintane ont déserté l'aéroport international qu'elles contrôlaient jusqu'à présent. Après plus d'un mois de combats, ce sont désormais les milices rebelles de Misrata qui sont les maîtres de la zone. Ces milices de Misrata, regroupées en coalition, ont lancé une opération appelée Aube de la Libye.
C'est donc une victoire des islamistes autant qu'une défaite pour Khalifa Haftar. Ce général qui en mai dernier avait lancé une vaste offensive baptisée Opération Dignité. L'objectif étant selon ses propres mots « de purger le pays des terroristes ».

Les milices islamistes de Misrata terrorisent depuis plusieurs semaines la capitale. L'aéroport international est en ruine. Des photos publiées sur les réseaux sociaux montraient un appareil de la Libyan Airlines en feu tandis que des colonnes de fumée s'élevaient au-dessus de l'aéroport. Une dizaine d'avions de ligne ont été détruits et deux Airbus A320 d'Afrikiya ont disparu. Des violences ont également été observées dans le centre de Tripoli. A deux reprises, les 18 et 23 août, des avions de chasse ont bombardé Tripoli.

Les Emirats Arabes Unis et l'Egypte derrière les frappes aériennes

Washington attribue ces frappes aériennes aux Emirats Arabes Unis avec le soutien logistique de l'Egypte. Les raids visaient les positions des milices de Misrata. Le mystère de ces frappes a été éclairci au bout d'une semaine seulement, après un article du New York Times. Cette thèse a été confirmée par la suite par le département d'Etat américain. Sauf que les principaux intéressés, eux, ne confirment pas. L'Egypte a formellement démenti toute implication militaire directe en Libye. Les Emirats restent muets.

Alors pourquoi ces deux pays interviendraient en Libye ? Déjà en mai dernier, sur l'antenne de RFI, les jihadistes de Benghazi accusaient l'Egypte de soutenir le général Haftar, ce dernier qui est surnommé le « petit Sissi » au Caire, en référence au président égyptien. Les deux pays, l'Egypte et les Emirats, mènent une politique stricte contre les Frères musulmans. En Egypte, l'organisation est pouchassée depuis la destitution du président Morsi en juillet 2013. Or, les milices de Misrata, qui ont repris du service à Tripoli, seraient proches des Frères musulmans. Et c'est là que le jeu se complique. Un troisième pays du golfe entre en jeu : le Qatar, qui lui soutient les Frères musulmans. L'Egypte et les Emirats auraient bombardé Tripoli pour affaiblir les milices de Misrata et ainsi atteindre indirectement Doha. Et avec ces trois pays impliqués dans le conflit libyen, certains observateurs s'inquiètent de la régionalisation du conflit.

Une escalade qui inquiètent également les Occidentaux. Washington, Paris, Londres, Berlin et Rome, ensemble, ont condamné « les interférences extérieures en Libye qui exacerbent les divisions » Selon certains analystes, les Occidentaux n'ont pas été consultés avant ces frappes aériennes. Abu Dhabi et Le Caire souhaitent faire cavalier seul, persuadés qu'ils ne peuvent plus dépendre de l'Amérique et de l'Occident. 

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