Vers une sortie de crise au Lesotho?

Deux jours après avoir fui en Afrique du Sud, le Premier ministre du Lesotho, Thomas Thabane (ici le 10 décembre 2014) a annoncé qu'il rentrait chez lui dès ce lundi soir..
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Dans un communiqué, la SADC, réunie en urgence dès dimanche 31 août à Pretoria, dit avoir obtenu ce lundi un accord des chefs de la fragile coalition au pouvoir au Lesotho. Après 24 heures d'âpres négociations, on semble donc se diriger vers une solution de sortie de crise.

Cela aura été le coup d’État le plus rapide de l’histoire. Dans la nuit de vendredi à samedi, l’armée a encerclé plusieurs commissariats de la capitale, avant de se rendre à la résidence du Premier ministre, qui avait fui quelques heures plus tôt en Afrique du Sud. Vingt-quatre heures après le début des négociations de la SADC dimanche après-midi, une sortie de crise semble donc se dessiner au Lesotho. À tel point que le Premier ministre est annoncé de retour au pays ce mardi.

La réunion à Pretoria s’est achevée vers 17h. Elle rassemblait les membres de la SADC, le Premier ministre Thomas Thabane, son rival, le vice-Premier ministre Mothetjoa Metsing et un troisième ministre qui représente un troisième parti politique dans cette coalition gouvernementale. Face à une situation qui s'est grandement détériorée, les trois hommes se sont mis d’accord pour réclamer une intervention de la SADC. Ils se sont engagés à travailler à nouveau ensemble.

Feuille de route

Le principal point de cet accord est l’élaboration d’une feuille de route qui conduit à la levée de la suspension du Parlement. Les rapports au sein de la coalition s’étaient tellement envenimés qu’en juin dernier le Premier ministre a suspendu le Parlement pour échapper à une motion de censure. Cette feuille de route détaille précisément les étapes pour arriver à une reprise du Parlement. La SADC a par ailleurs promis de déployer en urgence une équipe d’observateurs politiques, de défense et de sécurité pour accompagner cette reprise politique.

Si l'accord est de nature à relancer une coalition au pouvoir depuis deux ans, certaines questions majeures demeurent cependant en suspens. Sur ce que va faire l’armée, notamment. Dès le départ, celle-ci a soutenu l'un des partenaires de la coalition, affirmant que les faits récents ne constituaient pas un coup d’État et qu’elle souhaitait désarmer la police - considérée comme proche du Premier ministre - pour prévenir toute violence lors d’une manifestation prévue ce lundi. Vendredi 29 août, le Premier ministre avait démis le chef de l’armée de ses fonctions pour le remplacer par un militaire plus fidèle. Va-t-il accepter de partir ?

La seule certitude est que Pretoria fait tout pour que le retour à la normale soit rapide. Bien que très pauvre, le Lesotho est une enclave très stratégique au sein de l’Afrique du Sud, qui dépend de l’eau et de l’électricité produite par ce voisin de l'intérieur. Si ce petit pays devait sombrer dans l’anarchie, cela aurait donc trop de répercussions chez les Sud-Africains, sans compter que cela risquerait d'accroître une immigration déjà importante.

Les pays de la SADC, et en particulier l’Afrique du Sud, pèsent très lourdement sur le Lesotho, qui est un tout petit pays (…) Ces déclarations de la SADC sont un message des leaders de la région pour appeler le Lesotho à mettre de l’ordre dans ses affaires, et un message très clair à l’armée.
Liesl Louw
01-09-2014 - Par Marie-Pierre Olphand