RDC: le désarmement des FDLR semble au point mort

Le chef de la mission de l'Onu, Martin Kobler ,a exigé des rebelles des FDLR, au Conseil de sécurité de l'Onu, le 7 août 204, qu'ils désarment au plus vite.
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Le désarmement des rebelles hutu rwandais présents dans l’est de la République démocratique du Congo depuis 20 ans, n’avance pas. Un dialogue de sourds s’est instauré entre les FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda) et la communauté internationale. Deux organisations sous-régionales - la CIRGL et la SADC - leur ont donné jusqu'à la fin de l'année, au plus tard, pour se désarmer et, d’ici là, pour montrer leur bonne volonté, au grand dam du Rwanda qui les accuse de génocide, et de la mission des Nations unies au Congo dont le mandat est de lutter contre les groupes armés.

Les FDLR remettent en cause le plan de désarmement préparé par le gouvernement congolais et la Monusco. Ils réclament aussi un dialogue entre Kigali et tous les partis d'opposition. C'est ce qu'ils viennent de demander dans une lettre adressée à Robert Mugabe, le président zimbabwéen qui est le président en exercice de la SADC, la Communauté économique des Etats d'Afrique australe.

Dans cette lettre, les FDLR se présentent comme des combattants de la liberté, protecteurs des populations réfugiées rwandaises, victimes « d’abord des massacres au Rwanda puis au Congo commis par l'Armée patriotique rwandaise de Paul Kagame », expliquent-ils. Les rebelles hutus rwandais citent deux rapports onusiens, à savoir le Report Gersony de 1994 et le Mapping report de 2010.

« Le génocide des Tutsis n'est évoqué qu'une seule fois pour parler de l'exode des populations hutues vers le Congo voisin. Le concept de libération du Rwanda doit être compris comme la transformation du Rwanda - sous le régime tyrannique et dictatorial de Paul Kagame - en un Etat de droit », écrit Victor Byiringiro, président des FDLR, à Robert Mugabe.

Evoquant l'attaque d'un camp de FDLR démobilisés en 2002 et des rapatriements forcés, Victor Byiringiro remet également en cause le plan élaboré par le Congo, la Monusco et, ajoute-t-il, le Rwanda. Le président des FDLR affirme que les ex-combattants n'iront jamais dans les camps prévus pour les accueillir à Kisangani. Le président des FDLR demande à la SADC de prendre la tête d'une nouvelle « initiative pour la paix » devant aboutir - suite à des pressions - à un dialogue avec Kigali.

« C’est inacceptable de chercher à dicter au gouvernement congolais des conditions à leur désarmement », commente un responsable onusien. « Je crois qu'ils sont en train de consommer le temps qui leur a été accordé et qu'ils s'exposent à un désarmement forcé », a déclaré pour sa part Lambert Mende, porte-parole du gouvernement congolais.

« A la fin de cet ultimatum, l'option militaire devra être utilisée »

Le nouvel envoyé spécial de l’ONU pour les Grands Lacs, Saïd Djinnit, poursuit sa tournée dans la région et s’est rendu au Rwanda où il a rencontré le président Paul Kagame ainsi que la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo. La question des FDLR a été largement abordée et cette visite a été l’occasion de réaffirmer la position de l’ONU sur le désarmement des rebelles hutus rwandais. « La rencontre ministérielle de Luanda a donné un ultimatum aux FDLR d’ici à la fin de l’année, avec une évaluation à mi-parcours. A la fin de cet ultimatum, l'option militaire devra être utilisée », a tenu à souligner Saïd Djinnit.

De son côté, Louise Mushikiwabo, ministre rwandaise des Affaires étrangères, en a profité pour rappeler la frustration du gouvernement rwandais concernant le nouvel ultimatum accordé à la rébellion hutue rwandaise. « A chaque fois que des décisions visant à mettre fin à la menace des FDLR sont prises, il semble qu’une main invisible veuille leur donner un nouveau souffle, les blanchir », a-t-elle dit.

Déjà, lors du sommet de Luanda, Louise Mushikiwabo avait estimé que le délai accordé au FDLR était depuis longtemps dépassé et avait mis en garde contre des « nouvelles tactiques de diversion ». Lors de cette tournée, Saïd Djinnit doit encore ce rendre en Angola, en Tanzanie et en Afrique du Sud.