Parcours des Mondes: de l’art premier à Mickey Mouse

«La Boîte à trésor de Mickey», de l’artiste béninois Euloge Glèglè, exposée à la galerie Vallois Sculptures lors du Parcours des Mondes. Salon international des arts premiers, du 9 au -14 septembre à Paris.
© Siegfried Forster / RFI

L’importance du Parcours des Mondes ? « Il existe 65 galeries importantes consacrées aux arts premiers dans le monde et ces 65 galeries participent à notre rendez-vous », avance le directeur général de ce salon international qui ouvre ce mardi 9 jusqu’au 14 septembre ses portes à Paris. Des chefs-d’œuvre du monde entier sont à vendre dans un marché en très bonne santé. Et pour la première fois, le salon fait une sortie surprenante en direction de l’art contemporain africain.

Pas moins de 37 expositions thématiques avec des œuvres d’art rares ont été conçues par les galeristes venus du monde entier : d’Ancêtres mythiques jusqu’à Mickey au Bénin. Pendant six jours, le quartier des Beaux-Arts de Saint-Germain-des-Prés se transforme en un gigantesque musée et marché des arts premiers.

Pour la première fois, les neuf plus importants galeristes américains ont répondu présents. Un signe de plus que le marché mondial de l’art premier se situe bel et bien à Paris : « Tout se passe au Parcours du monde, confirme Pierre Moos, le directeur général du salon. Depuis quelques années, c’est la plus importante manifestation sur l’art tribal. Donc le marché est ici à Paris et les Américains l’ont compris. » De plus en plus de collectionneurs, qui ne peuvent plus acheter dans l’art moderne ou contemporain, se tournent vers l’art premier. « C’est un peu iconoclaste de dire que ça va bien, mais le marché est très très bon. »

Masque népalais du 19e siècle, exposé à la galerie de Frédéric Rond, Indian Heritage, à l'occasion du Parcours des mondes, du 9 au 14 septembre à Paris. © Siegfried Forster / RFI

Autre tendance remarquable : la présence de plusieurs galeries qui présentent les arts himalayens. Un art resté, jusqu’ici, souvent confidentiel et qui ne pouvait pas faire sa place à côté des arts africains et océaniens qui dominent toujours le marché. Mais, depuis les grandes expositions consacrées au sujet dans les années 1980, les arts himalayens sont arrivés à la fin d’un cycle. Frédéric Rond, directeur de la galerie Indian Heritage, consacré à l’art himalayen, de l’Inde et de l’Asie du Sud, explique : « Prenons l’exemple des masques himalayens. Jusqu’à présent, on ne savait pas combien de masques ont été sculptés dans les temps anciens. Aujourd’hui, on se rend compte que très peu de masques arrivent encore à Katmandou, qui est le point de jonction vers lequel convergent toutes les routes de l’Himalaya pour la vente des masques. Il arrive même qu’on a des masques " français " qui se vendent à Katmandou. On a probablement fait le tour de l’ensemble de masques anciens. Donc on peut créer un marché sérieux et comparable aux arts d’Océanie et d’Afrique. »

Pierre Moos envoie même une alerte aux collectionneurs : « Je pense qu’il faut aller très vite, parce qu'il y a quelques années, on pouvait encore trouver des pièces à 2 000 ou 3 000 euros. Aujourd’hui, on est à 8 000 ou 10 000 euros. Je suis persuadé que dans quelques années on parlera de dizaines de milliers d’euros. Donc il faut se dépêcher d’acheter des pièces du Népal ou du Tibet. » Récemment, chez Sotheby’s, un masque s’est même vendu à 40 000 euros. Aujourd’hui, ce sont surtout les Chinois qui achètent, assure le galeriste Renaud Montméat qui expose un très beau tableau tibétain d’un bouddha multicolore du XIIIe siècle pour 90 000 euros. « Depuis quelques années, les Chinois achètent l’art népalais, tibétain et leur art bouddhique en bronze. Il est devenu difficile d’acquérir des pièces. Aujourd’hui, des objets collectionnés par les Européens depuis le début du XXe siècle retournent en Asie. »

Les œuvres de la galerie Olivier Larroque promettent L’Art magique. Le titre de l’exposition se réfère à l’ouvrage d’André Breton et à l’art africain comme support de pouvoir magique : des objets de l’ancien Dahomey (Fon), mais également de Côte d’Ivoire, du Congo, du Mali, de Tanzanie ou du Nigeria. Vingt-cinq ans après l’exposition mythique Les Magiciens de la Terre, cet art « magique » se porte très bien. « Les Magiciens de la Terre, c’était la première ouverture sur l’art contemporain africain et sur le lien qui peut en avoir entre l’animisme et l’art contemporain. Depuis, l’art magique, notamment autour du vaudou, c’est un domaine qui remporte un grand intérêt. »

Quant à Chantal Dandrieu-Giovagnoni, la galeriste italienne a dédié son exposition aux Blanc et Noir à travers une vingtaine de sculptures anciennes d’Afrique. Au centre trône un masque éléphant Igbo-Izi du Nigeria à 60 000 euros. Une puissante sculpture rehaussée à la fois de blanc et de noir : « Elle est très stylisée, très abstraite, avec une tête humaine très réaliste. » Preuve que le traditionnel n’empêche pas l’originalité.

Masque éléphant Igbo-Izi du Nigeria, exposé à la galerie Dandrieu-Giovagnoni à l'occasion du Parcours des mondes, du 9 au 14 septembre à Paris. © Siegfried Forster / RFI

Mais pour la première fois, le Parcours des Mondes ose aussi une sortie en terrain de l’art contemporain. « Mon idée est d’intégrer, petit à petit, l’art contemporain, surtout l’art contemporain africain, remarque l’organisateur Pierre Moos. La Galerie Vallois a eu l’idée de demander à des grands artistes béninois de faire une œuvre autour de Mickey. Le résultat est vraiment beau. Il faut y aller. Je pense que Walt Disney devrait s’inspirer de l’imagination des artistes béninois. »

C’est Cédric Destailleur, le directeur de la galerie Vallois Sculpture Contemporaine qui avait demandé à neuf artistes béninois ce que représente Mickey Mouse pour eux. Le résultat est étonnant et unique. « On travaille depuis plusieurs années avec des artistes béninois. En parlant avec eux, on sentait que cela pourrait être un sujet universel et porteur. Certains d’entre eux ne connaissaient pas Mickey. »

Une grande sculpture en fer à béton (3 200 euros) de Marius Dansou ne retient que les oreilles de Mickey. Euloge Glèglè a utilisé dans sa Boîte à trésor de Mickey (2 500 euros) des éléments en métaux qui se retrouvent normalement dans les sculptures vaudou, mais aussi des perles très répandues dans les arts traditionnels béninois ou des coquillages qui ont une fonction rituelle et historique. Dominique Zinkpé a conçu son Jeu de Mickey (7 000 euros) comme un jeu d’échecs. Des sculptures représentant les Etats-Unis impérialistes avancent petit à petit pour dominer les autres pays, représentés par des crânes de petits singes.

« L’art contemporain africain connaît depuis quelques années un essor assez incroyable, observe Cédric Destailleur. Il n’y a pas vraiment un profil type de client. On a vendu aussi bien à des Français qu’à des étrangers ou des Béninois. Mais ce sont les mêmes qui achètent l’art premier au Parcours des Mondes. Ils voient cela comme une bouffée d’air pur. Ce n’est pas l’art africain traditionnel, mais les racines culturelles sont les mêmes, donc cela se marie très bien dans un même ensemble, c’est plutôt complémentaire. » 

Beaucoup de collectionneurs sont passés de l’Afrique à l’Océanie.
Pierre Moss, directeur général du Parcours des mondes.
09-09-2014 - Par Siegfried Forster

Parcours des Mondes, Salon international des arts premiers, du 9 au 14 septembre à Paris.