Pascal Maitre expose ses «Afrique(s)»: «la photo, c’est la surprise»

Niger, 2007 : Camions de migrants dans le désert du Ténéré. Des milliers de voyageurs clandestins, partis en majorité du Nigeria et du Ghana, cherchent du travail en Libye ou dans les pays de l'Union.
© Pascal Maitre / Agence Cosmos

C’est une exposition fluide, des images accrochées les unes à côté des autres, formant presque un fleuve qui a nourri la vie et la carrière d’un photographe, né dans le Berry, en 1955. Des photographies habitées qui témoignent de la richesse du travail de Pascal Maitre sur l’Afrique. Depuis 35 ans, il a parcouru 40 pays africains en reporter pour raconter des histoires pas comme les autres. Avec des gammes de couleurs et d’expressions qui révèlent une recherche artistique approfondie. Entretien à l’occasion de son exposition à la Maison européenne de la photographie qui vient d’ouvrir ses portes.

L’exposition est intitulée Afrique(s). Pour vous, la nature plurielle de l’Afrique était acquise dès le début de votre carrière de photojournaliste ?

Peut-être ne pas aussi clair comme maintenant. Mais très rapidement, il s’est imposé : il n’y a pas une Afrique, mais plein de pays différents. Et puis, dans mon travail, au fil des années, j’ai été amené à aborder différents thèmes qui sont représentés dans cette exposition : la géographie qui est encore plus importante et qui pèse plus lourd en Afrique qu’ailleurs, j’ai aussi travaillé sur les conflits, les traditions, l’économie, la nuit… Donc je travaillais sur plein d’aspects qui font l’Afrique. L’Afrique n’est pas une, il y a tous ces éléments qui sont souvent au même endroit alors qu’ils sont assez souvent séparés. Il y a des photographes qui travaillent que sur les guerres ou la nature ou les traditions. Moi, j’avais cette chance d’aborder différents aspects de l’Afrique, d’où le pluriel dans le titre.

Dans votre carrière, l’Afrique occupe une place majeure. Aujourd’hui, quelle est la photo que vous considérez comme la photo la plus importante pour votre carrière de photographe ?

L’Afrique est une grosse partie de mon travail, mais j’ai travaillé sur beaucoup d’autres endroits. J’ai énormément travaillé sur l’Afghanistan, j’ai travaillé en Sibérie, en Amérique du Sud, le Moyen-Orient… mais, il est vrai, c’est en Afrique où j’ai travaillé le plus.

Choisir une photo ? C’est difficile… Ah, si. Il y a une photo que je trouvais extraordinaire. C’était la photo de Françoise Demulder sur Beyrouth qui avait reçu le Worldpress en 1977 [photojournaliste de guerre, 1947-2008, elle était la première femme à recevoir le prestigieux prix Worldpress en 1977 pour sa photo du massacre de la Quarantaine en 1976, ndlr]. C’est une photo incroyable : Beyrouth est en feu, il y a des nonnes qui supplient des hommes en armes, des gens fuient…

Vos photos exposées ici à la Maison européenne de la photographie montrent des visages multiples, mais toujours subtils : par exemple, au Congo une artiste-performeuse aspergée par le pétrole proteste contre la pollution, l’histoire du Rwanda est ressuscitée par un paysage volcanique sans hommes, la Somalie est représentée par une grande rue à la fois banale et bavarde qui s’avère être le marché de Bakara totalement détruit à Mogadiscio… Est-ce que le point commun de vos photos c’est l’étonnement ?

Les photos exposées ici ont plusieurs choses : une information, un traitement de la couleur ou de la lumière intéressant. De toute façon, la photo, c’est la surprise, l’étonnement. Il y avait un grand directeur artistique qui disait toujours : « étonne-moi ! ». Et il y a plein de manières d’être étonnant en photo : ce qu’il y a dans la photo, ce qu’il y passe. Cela peut être un coup de lumière, une couleur, une émotion, mais il faut qu’il y ait quelque chose qui étonne. Sans cela, cela reste une photo banale.

Qu’est-ce qui a changé le plus depuis le début de votre carrière dans la manière de faire des photos ? L’angle, la technique, l’appareil, la manière d’approcher les gens ?

C’est un peu tout cela qui a changé le plus. Parce que tout évolue en même temps. La photo, c’est approcher les gens, c’est essentiel, c’est la clé pour être là où il y a les photos importantes à prendre. La technique aussi a beaucoup changé, mais ce n’est pas très grave. Dans cette exposition, vous avez des photos argentiques et des photos numériques. Donc, ce n’est pas choquant. Après, ce qui a pu changer, je pense, en prenant de la maturité, on maîtrise mieux tous ces éléments : l’approche, la lumière, la technique, la composition. Donc, c’est ça qui change tout doucement. Au moins, j’espère que j’arrive à quelque chose de beaucoup plus pointu et plus rare.

Quel est votre projet actuel ?

J’ai plusieurs projets. Le plus concret, c’est de partir dans une semaine au Nigeria pour aller travailler sur Lagos et Kano. 

J’espère d’être toujours en mouvement.

Pascal Maitre, photographe
11-09-2014 - Par Siegfried Forster

Pascal Maitre : Afrique(s), exposition à la Maison européenne de la photographie à Paris, du 10 septembre au 2 novembre.

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