Général Mokoko: «J’ai le sentiment d’avoir fait ce que nous pouvions faire»

Lé général Jean-Marie Michel Mokoko, le 19 décembre 2013 à Bangui.
© AFP PHOTO / IVAN LIEMAN

En Centrafrique, ce lundi les casques bleus des Nations unies prennent le relais de la force africaine Misca. Et l’objectif de cette nouvelle Minusca sera de ramener la sécurité dans le pays. Pour revenir sur cette passation de pouvoir, le général Mokoko, le chef de la force africaine, est l’invité de Laurent Correau.

RFI : Quel bilan faites-vous de ces neuf mois d’action de la Misca en Centrafrique ?

Je pense que c’est un bilan que l’on peut considérer comme positif, si on met en rapport les moyens à notre disposition, les effectifs, les moyens proprement techniques. Pour une mission comme celle-là, on est arrivé à des résultats qui font qu’aujourd’hui à Bangui la vie reprend. A l’intérieur, depuis deux ou trois mois, en dehors des soubresauts qu’il y a cette fois-ci en interne au niveau des Seleka, on pense que globalement la situation s’est considérablement améliorée.

Qu’est-ce que vous considérez comme le plus grand échec de la Misca ?

J’ai dû par exemple relever une unité. Même si les enquêtes ne sont pas allées jusqu’au fond, nous avons eu des allégations et on lui a reproché d’avoir fait disparaître des gens.

Est-ce que vous diriez que l’incapacité des forces internationales et, notamment, la Misca à enrayer l’exode des musulmans vers les pays voisins de la Centrafrique, est un échec pour vous ?

Non. Imaginez ce qui se passait ici au mois de décembre, ça tirait de partout. Une partie de la population non musulmane a considéré que Seleka voulait dire musulman, alors dans une atmosphère comme celle-là, où les musulmans se faisaient attaquer de tout côté… non. Nous n’avons pas trouvé anormal que ces gens cherchent à aller là, où pour eux, ça présentait un peu plus de sécurité.

Mais tout de même, cette impossibilité à assurer la sécurité des musulmans ou cette impossibilité d’enrayer leur exode, n’est pas un échec de la communauté internationale ?

Je vais vous donner un exemple. A l’arrondissement 3, les gens s’étaient regroupés à la mosquée, nous avions réussi à assurer la sécurité physique, mais ces gens se retrouvaient dans une prison qui ne disait pas son nom. Les gens physiquement savaient qu’ils ne pouvaient pas être atteints, mais ils ont besoin d’exercer leur liberté d’aller et de sortir. Là, dans ce cas-là, ils ne pouvaient pas le faire.

Qu’est-ce qui vous aura fait le plus défaut au cours de ce mandat de la Misca ?

Avoir 6 000 hommes pour 650 000 km2 à couvrir, c’est une gageure. Le Kosovo c’est 6 000 km2 avec 49 000 hommes, faites un peu le rapport. Les premiers jours du déploiement, nous n’avions pas ne serait-ce que les quelques équipements élémentaires de protection des hommes. Nous avions des gilets par balles qui manquaient, nous avions certains contingents qui n’avaient pas de casques. Ce qui fait hésiter un commandement de force à engager des unités.

Il y a ce fait assez frappant aussi du général Tumenta qui ne disposait que d’un téléphone portable pour coordonner l’action des forces sur le terrain !

Malheureusement, c’est comme ça que nous avons agi.

La faute à qui ?

Ecoutez, vous savez que l’Union africaine n’a pas les moyens, les pays contributeurs ce sont eux qui alimentent en équipements tout leur contingent. Il faut que l’Union africaine tire avantageusement toutes les déficiences que nous avons connues ici. Je pense que du point de vue des capacités, les Nations unies ont des moyens sans commune mesure avec ce que l’Union africaine pouvait mettre en jeu. Ils vont avoir des effectifs multipliés par deux, ils vont avoir une composante aérienne, une flotte de transport, une flotte d’hélicoptère, c’est un avantage extraordinaire.

Est-ce que vous eu le sentiment que, parfois, certain contingent échappait à votre autorité et en référait à leur pays d’origine plutôt qu’à la hiérarchie de la Misca ?

Il y a eu quelques tentatives parce qu’il y avait d’autres habitudes avant. L’arrivée de la Mission africaine ici, tout de suite, les petites velléités qu’il y avait, au niveau des tentatives d’ingérence politique, je les ai arrêtés net.

Des procès ont été faits par les Centrafricains sur certains contingents, notamment le contingent tchadien. Quel regard est-ce que vous portez à froid sur ce procès ?

Je pense que c’était une mauvaise appréciation, je vous ai dit qu’il y a eu l’amalgame entre soldats tchadiens, seleka et musulmans. Alors, dans cette affaire, les soldats tchadiens, disons-le, se sont trouvés un peu piégés parce qu’ils avaient les mêmes types de véhicules, ils avaient les mêmes types d’uniformes et parfois les mêmes coiffures.

Est-ce qu’il n’y a pas eu, parfois, des actes de complicité entre le contingent tchadien et des éléments de la Seleka ?

Je ne sais pas, je ne peux pas le dire, parce que moi j’ai, par contre, des témoignages qui sont très positifs. Lorsque les Seleka ont connu à l’ouest la pression des anti-balaka, ils ont dû, sous la pression des anti-balaka, remonter vers le Nord. Et là où ils sont entrés dans le dispositif des Tchadiens, ils ont été arrêtés, désarmés. Ceux qui ont tenté de franchir la frontière ont été arrêtés par les forces armées tchadiennes.

Dans quel état d’esprit est-ce que vous quittez cette mission de la Misca ?

J’ai le sentiment d’avoir fait ce que nous pouvions faire. Je suis plutôt heureux d’avoir peut-être déblayé le terrain pour les Nations unies, qui ont plus de moyens, qui vont peut-être arriver à un moment où nous avons commencé ce processus de réconciliation. Ca été difficile pour nous. Mais au moment où nous passons le témoin aux Nations unies, on pense que ça se termine plutôt mieux.

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