Ebola: l'UE et les Etats-Unis veulent rattraper le temps perdu

Des membres des services de santé portent le corps d'une personne morte d'Ebola, le 11 septembre 2014.
© REUTERS/James Giahyue

L’Union européenne a organisé ce lundi 15 septembre à Bruxelles une réunion de coordination avec l’OMS, l’ONU et des ONG impliquées dans la lutte contre Ebola afin de faire le point sur l’état de la mobilisation internationale et surtout d’accélérer la mobilisation de l’UE et de ses 28 États membres. Personne n’imagine arriver à contenir l’épidémie avant six ou huit mois. Et sans une mobilisation sans précédent et un coup d’arrêt à la contagion, l’épidémie prendrait des dimensions dramatiques.

Avec notre bureau de Bruxelles,

L’urgence pour les Européens est de coordonner les différents efforts entrepris par les 28 pays et par la Commission. Pour l’instant, l’Union européenne a débloqué 170 millions d’euros pour améliorer les soins de santé ou fournir des laboratoires mobiles, mais aussi pour des objectifs à plus long terme destinés à la Sierra Leone, au Liberia, à la Guinée et au Nigeria afin d’améliorer les services publics et de renforcer la stabilité économique.

Mais il faut aller plus loin et en particulier monter des hôpitaux de campagne, par exemple. Les Européens se sont engagés à mettre leurs moyens en commun, confirme Marisol Touraine, ministre française des Affaires sociales et de la santé : « Il y a des pays qui aujourd’hui souhaitent pouvoir s’engager alors qu’ils ne le faisaient pas jusqu’à maintenant, en envoyant de l’aide, du matériel médical, certains des infrastructures, envoyer tout simplement de l’alimentation, de l’eau. Mais ils ont besoin de relais, ils ont besoin de savoir où envoyer l’aide. Et c'est cette organisation, cette coordination qui se met en place au niveau européen ».

Et pour permettre le départ de personnel humanitaire plus nombreux, l’évacuation des personnels de santé vers l’Europe en cas d’infection sera organisée au niveau de l’UE. De la même manière, les Européens soutiennent le projet d’un pont aérien humanitaire via le Ghana voire le Sénégal.

3 000 militaires américains au Liberia

Les efforts des Etats-Unis pour faire reculer Ebola devraient se concentrer sur le Liberia, l'un des pays les plus touchés par l'épidémie. C'est dans ce pays que des troupes américaines devraient être déployées, Barack Obama devrait annoncer ce mardi dans l’après-midi l'envoi de 3 000 militaires lors d'une visite au siège des Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC), à Atlanta (sud). Si le Pentagone est sollicité, c'est parce que l'armée à la capacité de mettre en place des camps de quarantaine. La mission de ces soldats sera donc de construire au plus vite des centres de traitements qui pourront héberger cent lits chacun. Les Etats-Unis souhaitent aussi former 500 travailleurs sanitaires par semaine.

L'administration Obama, qui a été critiquée pour ne pas avoir agi plus tôt sur le terrain, a déjà consacré 100 millions de dollars à la lutte contre le virus Ebola. Et elle a fait une demande auprès du Congrès pour qu'une aide de 88 millions de dollars supplémentaires soit débloquée, dont 58 millions de dollars seront assignés au développement d'un vaccin. Plusieurs laboratoires pharmaceutiques expérimentent des traitements. L'un d'eux serait efficace sur des singes et fait l'objet d'essai clinique depuis le début du mois aux Etats-Unis. Si les résultats sont probants, ce vaccin pourrait être prêt avant fin 2015.

Un soignant donne à boire à une femme porteuse du virus Ebola, dans un centre de traitement spécialisé, à Kenema (Sierra Leone), en juillet 2014. © REUTERS/Jo Dunlop/UNICEF/Handout via Reuters


Les échanges commerciaux transfontaliers sacrifiés

A Conakry, capitale guinéenne, les habitants et les opérateurs économiques n’ont pas digéré l’attitude du Sénégal et de la Côte d’Ivoire qui ont fermé leurs frontières avec la Guinée. Le pays exporte des biens agricoles vers le Sénégal, et des régions entières productrices de pomme de terre ou de fruits sont pénalisées.

Le président sénégalais Macky Sall n’est pas très populaire en ce moment dans les rues de Conakry. Depuis que la frontière est fermée, les exportateurs souffrent et dans la capitale, on regrette ce qui s’apparente ici à une maladresse de la part du Sénégal.

« Il faut mieux améliorer le contrôle sanitaire à la frontière que de fermer complètement la frontière », suggère un Guinéen. « Le Sénégal est un pays souverain. S’ils ferment leurs frontières, c’est leur droit, mais ça n’arrange personne. Ça n’arrange pas le Sénégal, ça n’arrange pas la Guinée. »

« On parle surtout de l’intégration sous-régionale avec la Cédéao [Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest] mais le Sénégal n’a pas fait preuve de solidarité. Je suis désolé », estime un autre, quand une habitante de Conakry juge : « Les organisations comme l’OMS indiquent que fermer les frontières est contreproductif, il fallait plutôt mettre en place un dispositif permettant d’éviter que des malades s’infiltrent sur le territoire sénégalais, et quand même laisser les échanges commerciaux se poursuivre. »

Un seul exemple : 60% de la production de pommes de terre est exportée vers le Sénégal. Désormais, des milliers de tonnes de patates pourrissent, stockées sans possibilté d'être vendues. Le cordon sanitaire étrangle les paysans guinéens.