La Guinée en deuil après l'attaque d'une équipe anti-Ebola

A Guéckédou, en Guinée forestière, les humanitaires ont régulièrement été pris à partie par les populations locales.
© RFI/Olivier Rogez

Sous le choc après le massacre collectif de représentants de l'État et de journalistes par les habitants de Womé, une localité située près de N'Zérékoré, la Guinée a inhumé ses martyrs au centre-ville de N'Zérékoré ce vendredi 19 septembre.

C’est dans la forêt du 1er-Mai, dans le centre-ville de N’Zérékoré, que reposent désormais sept des huit martyrs de Womé. Le directeur régional de la santé, le directeur adjoint de l’hôpital régional de N’Zérékoré, ainsi que trois employés de médias, notamment, ont été inhumés ce vendredi en fin d’après-midi en présence d’une foule nombreuse, dont les ministres guinéens de la Santé et de la Communication.

Les autorités régionales, préfectorales et communales étaient également présentes au moment de cet ultime adieu, sous la protection des forces de défense et de sécurité massivement déployées.

Au même moment, la localité de Womé, théâtre de ces violences qui ont coûté la vie à ces martyrs, était toujours abandonnée par la quasi-totalité de ses habitants, qui ont préféré disparaître dans la nature. Sur les lieux, les forces de l’ordre sont déployées pour appuyer l’enquête en cours.

Les humanitaires pas surpris

En Guinée forestière, le drame de N’Zérékoré n’a pas surpris les travailleurs humanitaires, notamment les locaux. La maladie engendre la peur et l’animosité, et les travailleurs humanitaires et les acteurs de sensibilisation en sont les premières victimes.
À Guéckédou, en Guinée forestière, le drame de N’Zérékoré n’a pas surpris les travailleurs humanitaires. Un chauffeur de Médecins sans frontières raconte ainsi que depuis mars dernier, il a vu à maintes reprises les populations effrayées s’en prendre aux humanitaires. « Non, ce n’était pas une surprise. Les gens disent tout le temps que la maladie est un mensonge et nous accusent d’être payés par les Blancs pour les tuer », rapporte-t-il.

Dans la ville de Macenta où MSF avait été chassée en avril dernier par des populations, on a constaté une évolution positive des mentalités. « Quand nous avons commencé ici, les gens ne nous croyaient pas, ils pensaient que MSF était là pour les intoxiquer et leur faire du mal. Ils ont lancé des cailloux, bloqué des voitures. Dans ce cas, MSF s’est retiré. Après, la maladie est revenue. Les gens ont vu la vérité, ils ont demandé pardon », confie un humanitaire.

À Guéckédou et Macenda, la sensibilisation a cependant permis de faire reculer les préjugés. Paradoxalement, la zone de N’Zérékoré où s’est produit le guet-apens tendu à la mission de sensibilisation est nettement moins touchée par l’épidémie de fièvre Ebola.