A Monrovia, au Liberia, une femme suspectée d'être atteinte du virus d'Ebola est accompagnée par un soignant vers une ambulance, le 15 septembre 2014.
© REUTERS/James Giahyue

La riposte à l’épidémie d’Ebola qui frappe l’Afrique de l’Ouest a beau se renforcer, le virus ne recule pas pour autant. Le dernier bilan de l’Organisation mondiale de la santé qui reconnaît être bien en deçà de la réalité fait état de 2 650 morts sur 5 357 cas avérés. En revanche, en République démocratique du Congo, les autorités affirment que la maladie est en passe d’être maîtrisée.

Alors que les Américains déploient 3 000 militaires au Liberia pour tenter de porter un coup décisif à l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest, la Sierra Leone a vu sa population confinée durant trois jours, une mesure aussi inédite que controversée. La France et l’Allemagne annoncent de leur côté un corridor humanitaire entre Dakar et la Guinée, le troisième pays le plus touché par Ebola. Mais pour le moment, aucune précision n’est donnée ni sur la date, ni sur l’ampleur de l’opération qui devrait comporter la création de deux centres de soins de 50 lits chacun. De leur côté, les Nations unies disent mettre  sur pied une mission sanitaire d’urgence. 

Au Liberia, 75% des malades sont des femmes  
 
La population de ces pays est aux aguets du moindre signe inquiétant de la maladie qui tue près de 50 % des personnes qui la contractent. Mais, constatent les spécialistes qui travaillent sur le terrain, ce sont les femmes qui sont le plus à risque d’être contaminées. Ainsi, au Liberia, le pays le plus durement frappé, les femmes représentent les trois quarts des malades d’Ebola selon le ministère de la Santé.
 
Plus largement, a constaté l’Unicef, de 55 à 60 % des victimes décédées de l’épidémie actuelle au Liberia, en Guinée et en Sierra Leone sont des femmes. Pour le seul Liberia ajoute l’Unicef, Ebola a fait quelque 2 000 orphelins victimes d’une « profonde stigmatisation » souvent rejetés et abandonnés. Sia Nyama Koroma, la première dame de la Sierra Leone, expliquait récemment au Washington Post cette surreprésentation des femmes par le fait que « les professionnels de la santé sont surtout des femmes et elles se trouvent en première ligne de cette crise ».
 
Et puis, précise une intervenante sierra-léonaise dans la lutte contre Ebola, « les femmes qui travaillent dans les hôpitaux sont en majorité infirmières ou femmes de ménage ; elles ne reçoivent pas le même soutien et ne bénéficient pas des mêmes mesures de protection que les médecins qui sont majoritairement des hommes ».
 
Inégalité sexuelle et maladie
 
Une évidence que souligne à son tour la ministre libérienne de l’Egalité des sexes et du Développement, Julian Duncan-Cassell. « Ce sont elles qui soignent les membres de leur famille quand ils tombent malades. De plus, elles circulent entre la Guinée et la Sierra Leone pour vendre sur les marchés leurs produits. Et quand quelqu’un meurt, ce sont les femmes qui préparent l’enterrement, font la toilette mortuaire… ».
 
Or, le virus Ebola se transmet par contact direct avec le sang, les urines et les selles, les vomissures et salives, le sperme, la sueur, les secrétions vaginales des sujets infectés. L'infection peut aussi se transmettre par le biais du linge ou de la literie sale d'un patient et si la désinfection est nécessaire, elle n’est pas souvent possible dans les familles. Les rituels funéraires, au cours desquels les parents et amis sont en contact direct avec le cadavre, jouent également un rôle important dans la transmission.
 
Comprendre et prendre en compte l’inégalité sexuelle dans l’épidémie d’Ebola devient un enjeu crucial. C’est pourquoi l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW) a appelé les gouvernements des pays touchés, Guinée, Liberia et Sierra Leone, à tenir compte de cette dimension en visant plus particulièrement les femmes dans leurs messages de prévention. 

Rappelant le rôle moteur que les femmes ont joué pour mettre fin à la deuxième guerre civile (1999-2003) au Liberia, Julian Duncan-Cassell insiste pour rappeler que les femmes sont les meilleurs vecteurs d’information au sein de leur communauté. Un paramètre à prendre en compte alors que l’OMS considère toujours que l’épidémie est toujours hors de contrôle dans la région.

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