Algérie: un nouveau groupe jihadiste aux commandes du rapt du Français

C’est près de Tizi Ouzou, en Algérie, que le Français a été enlevé par un groupe jihadiste appelé Jund al-Khalifa, le 21 septembre 2014.
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Un Français a été enlevé dans la région de Tizi Ouzou, le dimanche 21 septembre. Un rapt revendiqué par un groupe lié aux jihadistes du groupe Etat islamique (EI) et qui se fait appeler Jund al-Khalifa fil al-Jazaïr. Ce mouvement dissident d’al-Qaïda au Maghreb islamique avait annoncé sa création au début de l’été 2014.

« Aucune discussion, aucune négociation », avec les ravisseurs de Hervé Gourdel, enlevé dimanche à Tizi Ouzou en Algérie, a affirmé le Premier ministre français Manuel Valls aujourd'hui. Paris rejette catégoriquement l'ultimatum lancé par les jihadistes algériens. Dans une vidéo diffusée lundi, le groupe Jund al-Khalifa menace en effet d'égorger le randonneur de 55 ans sous 24 heures si la France ne cesse pas ses frappes contre le groupe Etat islamique en Irak.

Dissidence d’Aqmi

Ce nouveau groupe était jusqu'ici inconnu. C’est une dissidence très récente d'al-Qaïda au Maghreb islamique et c'est aujourd'hui la première et la seule franchise africaine du groupe Etat islamique. Ses premiers communiqués annonçant sa rupture avec Aqmi remontent au mois de mars, mais son allégeance officielle à l'Etat islamique date de la mi-juillet. Dans son message audio d'allégeance, diffusé sur internet, le groupe promet à  Abou Bakr al-Baghdadi, calife de l'organisation Etat islamique en Irak et en Syrie, d'être ses « soldats en Algérie ». C'est pour cela que ces dissidents d'Aqmi se font aujourd'hui appeler Jund al-Khalifa fil al-Jazaïr, c'est à dire « les soldats du Califat en Algérie ».

Leurs communiqués sont signés de leur chef militaire, l'ex-commandant d'Aqmi pour la zone centre en Kabylie, Khaled Abou Souleimane ou Slimane de son nom de guerre, Gouri Abdelmalek pour l'état civil. C'est un ancien du maquis en Algérie bien connu des services algériens puisqu’il est recherché après plusieurs condamnations dans des affaires de terrorisme.

Application des consignes de l’EI

Aujourd’hui, il est encore impossible de savoir combien d'hommes sont réunis au sein de Jund al-Khalifa. En kidnappant dimanche soir un otage français en Kabylie, le groupe jihadiste a en tous les cas réalisé son premier coup médiatique et prouve sa capacité opérationnelle. Ces jihadistes algériens mettent en application immédiate les consignes de l'organisation Etat islamique dont le porte-parole a appelé dimanche soir à s'en prendre aux Français partout en représailles aux bombardements en Irak.

Jund al-Khalifa est aussi la preuve des profondes divisions au sein d'Aqmi. Le chef de la branche d’al-Qaïda, Abdelmalek Droukdel n'a pas prêté allégeance au calife Baghdadi et la direction d’al-Qaïda centrale est toujours en guerre ouverte avec l'organisation Etat islamique.

La Kabylie, fief jihadiste

En Algérie, la Kabylie est un fief jihadiste même si le régime préfère parler de « terrorisme résiduel ». Cette région est tout simplement le territoire d'al-Qaïda au Maghreb islamique. Depuis plus de dix ans, tout son état-major, dont son émir suprême Abdelmalek Droukdel, est réfugié dans le massif kabyle. C'est une zone montagneuse, difficile d'accès, propice à une guérilla jihadiste.

Des jihadistes que le régime algérien n'est jamais parvenu à éradiquer depuis la fin de la guerre civile, mais ces groupes armés ne mènent plus d'action en zone urbaine. En revanche, dans le maquis kabyle, les accrochages meurtriers sont réguliers. En avril dernier, Aqmi a revendiqué la mort d'une vingtaine de soldats algériens dans un affrontement deux jours après la présidentielle dans le secteur de Tizi Ouzou. Une élection présidentielle qu’Aqmi avait d’ailleurs appelée à boycotter dans une vidéo diffusée sur internet. La filiale d’al-Qaïda doit compter désormais dans son fief kabyle avec cette nouvelle dissidence de Jund al-Khalifa.

Alain Chouet
23-09-2014