Cameroun: une avocate française condamnée à vingt-cinq ans de prison

Centre-ville de Yaoundé, capitale du Cameroun.
© Getty Images/ Tim E White

Au Cameroun, l'avocate française d'origine camerounaise Lydienne Yen-Eyoum a été condamnée vendredi 26 septembre à vingt-cinq ans de prison. Détenue depuis 2010 à Yaoundé, elle a été reconnue coupable de détournements de fonds publics par un tribunal anti-corruption. Son avocat annonce qu'il va se pourvoir en cassation.

Les avocats de Lydienne Yen-Enoum n'ont pas tardé à faire savoir qu'ils n'allaient pas en rester là. Ils vont effectivement se pourvoir en cassation, car vingt-cinq ans de prison, c'est inacceptable pour eux. « Elle n'a commis aucune infraction », a dit à l'issue de l'audience l'un de ses avocats, Me Yondo Black. Et d'ajouter : « J'ai honte d'avoir un parquet comme celui-là. J'ai honte de mon pays ».

Les avocats avaient déjà, il faut le rappeler, dénoncé à plusieurs reprises la procédure judiciaire, et notamment la détention provisoire de leur cliente pendant quatre ans et demi alors que le code pénal camerounais prévoit dix-huit mois au maximum. Ils avaient déjà sur cette question interpellé les Nations unies et déposé une plainte en France, puisque Lydienne Yen-Eyoum a la nationalité française.

Ce soir, Lydienne Yen-Eyoum est abattue, selon ses proches. Elle a toujours nié avoir détourné des fonds publics. Pour rappel, elle a été arrêtée comme plusieurs anciens ministres dans le cadre de l'opération anti-corruption « Epervier », lancée en 2006 par le président Paul Biya. « Le paradoxe, souligne un de ses avocats, c'est qu'elle est accusée dans un dossier où elle était elle-même avocate de l'Etat camerounais. »

« Le droit a été dit »

L'avocat de l’État camerounais, Maître Maloka Dikongué, s'est félicité du verdict à l'issue de l'audience : « J'éprouve une énorme satisfaction par rapport à cette décision parce que le droit a été dit. Notre justice est indépendante », a-t-il déclaré. Le tribunal a fait preuve de clémence au regard de ce que prévoit la loi, commente pour sa part Issa Tchiroma-Bakary, porte-parole du gouvernement.

Ce procès a été un procès équitable, libre, où les droits de la défense sont respectés de bout en bout.
Issa Tchiroma-Bakary
27-09-2014 - Par Marie-Pierre Olphand

Conditions de détention

De son côté, Me Maxime Cessieux juge ce verdict sidérant. Il avait rendu visite au mois de juin à Lydienne Yen-Eyoum pour le compte du Syndicat des avocats de France qui lui avait demandé un rapport sur le sort de l'avocate française. Il s'inquiète aujourd'hui des conditions de détention dans lesquelles elle se trouve, qu'il décrit comme « effroyables ».

On est extrêmement inquiets du fait qu'elle puisse passer 25 ans dans ces conditions de détention.
Me Maxime Cessieux
27-09-2014 - Par Marie-Pierre Olphand