Francophonies en Limousin: «Cantate de guerre», du Canada au Congo

«Cantate de guerre», création aux Francophonies en Limousin. Mise en scène de Harvey Massamba, avec Jean-Louis Ouakabaka, Jaurès Gamba, Simon Winsé et Harvey Massamba.
© DR

C’est une mise en scène du Congolais Harvey Massamba qui vient de vivre sa première aux Francophonies en Limousin. Cantate de guerre est le récit d’un homme qui reste immuablement débout pour raconter l’histoire de la guerre qui a ravagé sa famille et son âme. C’est le Burkinabè Simon Winsé qui a mis en musique ce texte poignant de l’auteur québécois Larry Tremblay qui dénonce l’engrenage et la transmission de la haine raciale sans se limiter à un uniforme en particulier. L’artiste plasticien camerounais Alioum Moussa signe la scénographie, le Français Nicolas Guyot la création vidéo.

Avec cette cantate, on est loin d'un concert spirituel de Bach, Monteverdi ou Mendelssohn. C’est une cantate africaine qui touche à l’universelle. Un chant de rage, de frictions et de frissons. « Cette histoire m’a rappelé les guerres qui se sont passées au Mali et en Côte d’Ivoire, raconte le Burkinabè Simon Winsé qui a mis en musique la pièce. Chez nous, en Burkina Faso, nous n’avons pas vécu ça, mais j’ai des amis qui ont vécu ces histoires. Je me suis basé sur cette douleur pour créer la musique. »

Et nous, spectateurs, faisons partie de l’histoire. Les portes de l’Espace Noriac à Limoges ne se sont pas encore ouvertes, que la guerre est déjà déclarée. Le foyer du théâtre se transforme en refuge et la fuite en avant, en direction de la salle de théâtre, se fait sous une sorte de toile d’araignées. La messe est dite.

Douleur

Sur scène, un homme allongé au sol et pris par des convulsions, hurle sa douleur. Une voix se lève, accompagnée par des instruments africains traditionnels comme la kora, la « harpe africaine », l’arc-à-bouche, cette instrument en forme d’un arc dont la corde est jouée avec la bouche : « C’est un instrument qui est presque en voie de disparition et que je travaille avec mon groupe pour le mettre en valeur, explique Simon Winsé. Il y a aussi la flûte pastorale pour créer vraiment de différentes notes. »

C’est une cantate dramatique destinée aux champs de bataille, ces lieux de pouvoir et de massacres où l’on est censé de devenir un vrai « homme ». La pièce énumère les barrières qu’on se fabrique pour s’éloigner de l’autre : « Ta porte est un mensonge qui ne trompe personne ». Et c’est le chant qui provoque ces moments de vérité où tout doit sortir. Même si le soldat ne veut pas l’accepter, c’est à la fin qu’il réalise qu’il a « tué tous ceux que [il a] aimé » pour « mériter » d’être soldat.

Des images d’enfants soldats sont projetées sur un tableau blanc habité par un cri et qui pend au milieu de la scène. Il y a aussi des tanks et des hélicoptères qui y passent et du sang qui en découle. Immuablement, l’orateur continue son macabre récit. Il raconte l’histoire de sa mère, violée sous ses yeux, se mordant les lèvres pour ne pas crier. Le père agonisant à qui on a coupé les bras, parce qu’il avait refusé d’offrir son fils à l’armée. Oscillant entre cauchemar et résurrection, la Cantate de guerre servira à expier et expédier l’horreur des atrocités subies.

« Infiltrés »

« Je suis parti de quelque chose qui s’est réellement passé chez nous au Congo, confie le comédien et metteur en scène Harvey Massamba. C’était pendant la guerre de 1993. Il y avait des gens qui fuyaient Brazzaville pour aller se refugier dans les villages dans le Pool. Et quand ils traversaient les barrages, les miliciens Ninjas  leur posaient des questions auxquelles on ne pouvait pas répondre si on n’avait pas grandi au Pool. Alors ils étaient tués, parce qu’ils n’étaient pas de chez « nous ». Ils étaient considérés comme des "infiltrés". Quand j’ai lu Cantate de guerre qui commence avec : "Toi, tu n’es pas de ma peau, de mes yeux, toi tu n’es rien de moi, toi, tu ne jaillis pas de ma race, moi je te crache dans les yeux", je me suis dit : c’est exactement ce qui s’est passé au Congo. »

Hélas, l’époque du « soit dur, soit pur » n’est toujours pas révolu, commente Harvey Massamba : « C’est une phrase qui se prononce encore aujourd’hui. Lorsque vous regardez ce qui se passe au Nigéria avec [les islamistes, ndlr] Boko Haram, lorsque vous regardez tout ce qui se passe dans le monde arabe avec l’organisation de l’Etat islamique, vous vous rendez compte que les gars, quand ils sont traîtres, ils se durcissent en se disant : il faut être dur et pur. Et l’autre devient un chien que tu peux égorger s’il ne croit pas à ce que tu crois. »

Cantate de guerre, création aux Francophonies en Limousin, le 26 et 27 septembre à l’Espace Noriac.

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.