L'armée burundaise se retire de l'est de la RDC

Des soldats burundais en patrouille.
© Bobby Model/Getty images

Info RFI. Le détachement de l'armée burundaise, dont la présence à Kiliba Onds avait été constatée, il y a plus d'un mois, par RFI, puis confirmée par la Monusco, a regagné le Burundi. Ce retrait est encore cours, mais il n’y a toujours pas de confirmation officielle pour le moment.

A la mi-journée mardi, les camionnettes de l'armée burundaise continuaient de traverser la frontière à toute vitesse. Des camionnettes remplies à ras bord de matériel ou de militaires. Mais depuis lundi, dans le territoire d'Uvira, l'armée congolaise se préparait à reprendre le contrôle de la zone de Kiliba.

Une réunion s'est d'abord tenue à l'aube, en présence de responsables militaires congolais de haut rang qui ont fait savoir aux hommes de troupes qu'ils allaient se redéployer à Kiliba dans les espaces laissés vacants par l'armée burundaise.

Plus tard dans la journée, toujours selon des témoignages, une colonne de militaires congolais faisait route vers Kiliba. Ces militaires ont là aussi expliqué à la population qu'ils venaient remplacer les troupes burundaises. Et depuis hier matin, à Kiliba même, en lieu et place de l'armée burundaise, se trouvent des militaires congolais. Un retrait toujours en cours et coordonné par les états-majors des deux pays, c'est ce que RFI a appris de sources concordantes.

Une présence locale depuis trois ans

Les gouvernements congolais et burundais avaient toujours officiellement démenti la présence de ce détachement. Même après que la Monusco eut confirmé l’information, la semaine dernière. Mais depuis, tout est allé très vite. Une délégation de militaires

Il est tout à fait inapproprié de parler de retrait.
Lambert Mendé
08-10-2014 - Par Sonia Rolley

congolais de haut niveau, dirigée par le général Delphin Kahimbi, chef d'état-major adjoint en charge de renseignements, s'est rendue à Bujumbura. Sa mission étant de coordonner le retrait des forces armées burundaises et le retour de l'armée congolaise dans la zone de Kiliba.

Cela faisait trois ans que l'armée burundaise avait un détachement au Sud-Kivu, dans la plaine de la Ruzizi, officieusement pour combattre les rebelles burundais se revendiquant des FNL. Mais depuis un an, aucune opération terrestre n'avait eu lieu contre ces rebelles qui vivaient non pas dans la plaine mais sur les plateaux du territoire d'Uvira.

Mobilisation de la société civile

Parmi les éléments qui ont rendu cette présence indésirable, la mobilisation de la société civile de part et d'autre de la frontière. A Kiliba, David Munyaga, le directeur d'une radio locale qui s'était mobilisé avec d'autres activistes pour dénoncer cette présence, notamment sur les antennes de RFI, et qui d'ailleurs avait eu des ennuis pour cela. Et à Bujumbura, l'affaire Pierre Claver Mbonimpa. Cette figure de la société civile avait dénoncé des entraînements de jeunes Burundais dans l'est du Congo, sous couvert de cette présence militaire. Il est toujours poursuivi pour atteinte à la sécurité de l'Etat mais a été libéré pour raisons de santé. Cette affaire avait donné beaucoup de visibilité à ce détachement militaire burundais, notamment dans les médias burundais.

Le retrait est en cours

Selon tous les témoignages recueillis par RFI, l'armée congolaise est de retour à Kiliba. Lundi à l'aube, le général Patrick Masunzu qui était encore il y a quelques semaines, avant la restructuration de l'armée, commandant de la 10e région (celle du Sud-Kivu), a annoncé aux troupes de l'armée congolaise qu'elles allaient être redéployées à Kiliba dans les camps laissés vacants par l'armée burundaise.

Lundi après-midi, les habitants ont vu la colonne des FARDC sur l'axe Runinga - Kiliba. Lorsqu'ils ont interrogé ces militaires, ces derniers étaient formels. Ils avaient ordre d'occuper Kiliba que les soldats burundais étaient en train d'évacuer. Selon les témoignages recueillis par RFI, l'armée congolaise, et uniquement l'armée congolaise, est visible depuis hier matin à Kiliba. Reste à savoir s'il s'agit d'un retrait partiel ou total.

Aujourd'hui à Kiliba les gens sont contents de voir les militaires congolais partir.
Un habitant de Kiliba
08-10-2014 - Par Sonia Rolley


Reportage au poste-frontière de Vugizo

RFI s’est rendu au poste-frontière de Vugizo, à une dizaine de kilomètres au nord de Gatumba, une ville à l’ouest de Bujumbura et qui jouxte la frontière burundo-congolaise. C’est par Vugizo, un coin très discret, que seraient en train d’être rapatriées, depuis la nuit de lundi à mardi, les troupes burundaises qui étaient stationnées à Kiliba dans le secteur d’Uvira, dans l’est de la République démocratique du Congo, selon des sources concordantes.

Vugizo, dernier poste-frontière burundais avant d'entrer en RDC. © RFI/Esdras Ndikumana

Depuis lundi, personne n’est entrée ou sortie du Burundi par ce poste-frontière, situé en pleine forêt de la Rukoko, selon le chef du poste de police. Vugizo, c’est aussi à cinq kilomètres à peine des premières positions que l’armée burundaise occupait dans la localité de Kiliba, dans l’est de la RDC, comme l’a confirmé récemment la Monusco. Pendant deux heures, mardi en début d’après-midi, seuls six jeunes gens sont entrés au Burundi. La tête rasée, en tenue civile et portant des bottines, ils n’ont pas été enregistrés.

Seul mouvement visible, celui de deux camionnettes de l’armée burundaise qui font des navettes entre les deux pays. Elles arrivent chargées à ras bord et bâchées, les plaques masquées et foncent à toute vitesse sans s’arrêter au poste-frontière. Puis elles vont décharger le matériel qu’elles ramènent du Congo dans un camp de l’armée, deux kilomètres plus loin.

A Vugizo, les gens ont peur et n’osent pas s’exprimer. Côté congolais, c’est le contraire. La société civile congolaise de Kiliba assure que le gros du bataillon burundais, qui était basé sur place, a été rapatrié durant cette nuit. Le reste des troupes, à peine une centaine de soldats qui attendaient la relève des FARDC, devraient être rapatriées dans la nuit de mardi à mercredi, discrétion oblige.