RDC: l’ONU réclame justice pour les crimes commis par le M23

Des combattants du M23, le 3 août 2013, près de Rushuru, dans l’est de la RDC.
© REUTERS/James Akena

La Monusco appelle l’État congolais à poursuivre en justice les membres de l’ex-groupe rebelle du M23 qui se sont rendus coupables de violations graves des droits de l’homme. Selon un rapport rendu public ce jeudi 9 octobre, le M23 aurait tué, violé, pillé ou torturé plusieurs centaines de civils entre avril 2012 et novembre 2013, période pendant laquelle le groupe armé contrôlait de larges portions du Nord-Kivu.

Après des mois d’enquêtes et cinq visites sur le terrain, les chercheurs de l’ONU ont documenté 116 meurtres au moins et 161 viols commis par des membres du M23 entre avril 2012 et novembre 2013. Le rapport cite ainsi le cas d’un homme tué par balle à Kiwanja le 2 novembre 2012 par des hommes en tenue du M23 alors qu’il s’opposait au pillage de sa maison, ou encore celui de deux jeunes tués pour avoir résisté à leur enrôlement forcé.

Les viols eux ont été en grande partie commis dans les camps de déplacés dans les environs de Goma, affirme l’ONU. Mais aussi au camp militaire de Katindo. Entre le 21 et le 25 novembre 2012, 49 femmes de militaires auraient ainsi été violées par des membres du M23. En tout, près d’une cinquantaine de violations des droits de l’homme sont détaillées dans ce rapport, dont le message essentiel est d’appeler à la poursuite des responsables de ces crimes.

Car après la fin du M23 il y a un an, 13 mandats d’arrêt ont été émis par la République démocratique du Congo. Mais depuis, rien. Aucun des dirigeants du groupe n’a été traduit en justice. « Treize mandats d’arrêt, c’est un très bon premier pas. Nous aimerions bien voir la suite, et notamment avec l’arrestation de ces 13 personnes. La justice doit être rendue dans un délai raisonnable et là, cela fait déjà un an que le M23 est tombé », plaide Scott Campbell, directeur du bureau des droits de l’homme de la Monusco à Kinshasa.

Pour lui, le fait que les auteurs des violations des droits de l’homme jouissent toujours d’une impunité la plus totale est un facteur déstabilisant pour la sous-région. Les traduire en justice fait donc partie intégrante de la consolidation de la paix et la prévention d’une résurgence des groupes armés, explique Scott Campbell

La plupart sont réfugiés au Rwanda ou en Ouganda, avance Kinshasa, deux pays qui à ce jour ont refusé d’extrader les personnes accusées de crimes graves, et ce même si des accords internationaux les y engagent. Avec ce nouveau rapport, l’ONU espère donc mettre la pression sur les trois pays pour éviter l’impunité, sans garantie d’être entendue.

Plusieurs rapports des Nations unies ont indiqué que le M23 a bénéficié du soutien militaire et financier du Rwanda. Un soutien que le Rwanda a toujours nié. À ce jour, seule la Cour pénale internationale a annoncé ouvrir une procédure contre l’un des ex-dirigeants du M23, Bosco Ntaganda. Son procès doit s’ouvrir le 2 juin prochain.