Rwanda: ce que les Pays-Bas reprochent au mari de Victoire Ingabire

L’opposante rwandaise Victoire Ingabire.
© AFP PHOTO BERTRAND GUAY

Les Pays-Bas disent ne pas vouloir servir de refuge aux personnes ayant commis des crimes internationaux. Le gouvernement néerlandais a lancé des procédures pour enlever la nationalité ou le statut de réfugiés à plusieurs Rwandais installés de longue date dans le pays, dont Lin Muyizere, le mari de l'opposante Victoire Ingabire. Le 24 septembre, les services d'immigration néerlandais ont donc remis une lettre à Lin Muyizere détaillant les accusations qui pèsent contre lui. Un document auquel RFI a eu accès.

Dans cette lettre, il n’apparaît pas de mention d'une quelconque procédure de la justice rwandaise. Ce sont les services d'immigration néerlandais qui ont pris l'initiative d'enquêter sur le mari de Victoire Ingabire lors du retour de cette dernière au Rwanda pour participer à la présidentielle de 2010. Les autorités évoquent plusieurs raisons : il avait été l’un des témoins de la défense dans un procès du Tribunal pénal international pour le Rwanda, et il aurait soutenu publiquement un autre accusé.

Cette lettre présente en guise de preuves les assertions de trois sources qui ne sont pas identifiées. La première a prétendu à l'enquêteur rwandais mandaté par les Pays-Bas que Lin Muyizere aurait reçu pour mission du maire de Kigali de sensibiliser la population à tuer les voisins tutsis. La même source dit avoir vu, un jour en avril 1994, le mari de Victoire Ingabire avec une arme parmi un groupe de miliciens qui après un discours auraient crié « We will kill them all » (« Nous les tuerons tous »), une formule que l’on retrouve en anglais et entre guillemets dans la lettre.

Deux autres sources à Taba, son village d'origine, disent l'avoir vu portant une arme et affirment qu'il aurait ordonné l'assassinat d'un Tutsi habitant la région. Mais l'enquêteur rwandais, à l'origine du rapport incriminant Lin Muyizere, note qu'il n'a trouvé aucune autre source indépendante confirmant la mort de cet individu. Il souligne également qu'aucune accusation n'avait jamais été portée contre le mari de l'opposante Victoire Ingabire pendant les dix ans d'existence des Gacacas, les tribunaux populaires présents à travers tout le pays et chargés de juger les crimes de génocide.

Pour la famille et l'avocat de Lin Muyizere, il s'agit d'accusations mensongères et les autorités néerlandaises sont instrumentalisées pour poursuivre la politique de répression menée par le régime de Kigali contre ses détracteurs. En outre, la défense dénonce le fait que les sources soient anonymes, mais que, dans le cadre de ce type de procédure administrative au Pays-Bas, ce soit à l'accusé de prouver son innocence au-delà de tout doute raisonnable.