Le doute plane sur les conditions du procès Simone Gbagbo

Un partisan du président déchu Laurent Gbagbo passe devant une affiche annonçant une conférence de presse de l'ex-première dame de Côte d'Ivoire Simone Gbagbo, en décembre 2013.
© AFP PHOTO / HERVE SEVI

Mercredi 22 octobre devrait débuter à la Cour d’assises d’Abidjan le procès de 83 personnes dont Simone Gbagbo, l’épouse de l’ex-chef de l’Etat ivoirien et Pascal Affi N'Guessan, le président du FPI, principal parti d’opposition. Tous sont cités à comparaître pour leur rôle présumé dans la crise post-électorale de 2010-2011. Ils doivent répondre d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Mais à 48 heures de l’échéance, beaucoup de questions restent en suspens concernant ce procès.

L’une des principales interrogations porte sur la date du mercredi 22 octobre qui, selon les termes des avocats de la défense, est très hypothétique. En effet, il faut avant comparution procéder à l’identification des 83 accusés, dont certains sont en prison, ce qui simplifie la procédure, mais dont d'autres sont en liberté, ce qui la rend moins simple. Ce long processus a déjà commencé la semaine dernière, affirment les avocats, mais n’a toujours pas abouti. Ce sera peut-être le cas mercredi 22 ou jeudi 23 octobre pour cinq ou six des accusés, précisent-ils.

L’autre interrogation porte sur le lieu lui-même et les capacités d’accueillir 83 personnes en même temps pour comparution. Les habitués du palais de justice sont plus que sceptiques et estiment que des comparutions une à une, deux par deux ou en groupe - définis en fonction des chefs d’inculpation - sont plus probables. Un procédé qui lui aussi s'avére complexe et lent.

Et puis, l'autre question porte sur la présence ou non de Simone Gbagbo, à Abidjan, dès mercredi. La réponse est justement liée à une comparution simultanée ou non des accusés. Il y a enfin le décès de la mère de Laurent Gbagbo. Simone, le petit-fils Michel et même Abdoudramane Sangare, l’un des proches de la famille, chargé d’organiser les obsèques, sont tous cités à comparaitre. Dans quelles conditions ces funérailles se tiendront-elles alors que chacun pourrait être dans le box des accusés ? Cette question reste encore en suspens.


■ C'est un « procès politique », dénonce Affi N'Guessan

Pour la première fois depuis l'annonce de son procès en assises, Pascal Affi N'Guessan, président du Front populaire ivoirien (FPI), accusé d'atteinte à la sûreté de l'Etat, tenait un point presse, le 18 octobre à Abidjan, au siège de son parti. Dans son discours, l'ex-Premier ministre de Laurent Ggbabo - potentiel candidat à la prochaine élection présidentielle - dénonce un procès politique et un procédé visant à écarter l'ensemble de l'opposition au profit du président Alassane Ouattara.

« Il s’agit, en réalité, d’écarter les adversaires politiques par des artifices juridiques d’où la présence, sur la liste des personnalités à comparaître, des trois premiers responsables du Front populaire ivoirien (FPI), de la présidente de l’URD et du président du PPCI, deux partis et un mouvement en alliance avec le Front populaire ivoirien. En choisissant, par ailleurs, de les juger en cour d’assises, le régime Ouattara veut les faire passer pour les grands criminels afin de les priver de tout droit politique, espérant ainsi pouvoir se retrouver sans opposition significative en face de lui », estime Pascal Affi N'Guessan.

« Mais au-delà de ces considérations, une question se pose : ce procès est-il nécessaire ? En quoi contribue-t-il à la normalisation, à la paix et à la réconciliation nationale ? Comment le gouvernement peut-il dire qu’il continue de tendre la main à l’opposition et ouvrir, en même temps, les portes des prisons pour y conduire les opposants et les enfermer à perpétuité ? Je continue de dire, pour ma part, qu’il n’y a pas de solution pénale à une crise politique et qu’il faut engager, ici et maintenant, un processus de justice transitionnel à travers les états généraux de la République », ajoute le président du FPI.