Double défi de l’ONU en RDC : les groupes armés et les élections

Des membres de la population locale, saluant le passage d’un véhicule blindé de transport de troupes de la Monusco, qui se dirige dans la région de Beni, province du Nord Kivu en RDC, le 13 mars 2014.
© Monusco/Sylvain Liechti

Il y a un an, l’armée congolaise assistée de la mission des Nations unies au Congo (Monusco) mettait fin à la rébellion du M23, ce groupe armé qui pendant un an et demi avait occupé toute une partie du Nord-Kivu. Pour les FARDC, c’était une victoire historique mais aussi pour la Monusco dont le mandat venait de se voir renforcé avec l’arrivée d’une brigade d’intervention composée de 3 000 hommes et autorisée à ouvrir le feu sur les rebelles. Aujourd'hui, la force onusienne peine à se montrer efficace contre les autres groupes armés qui sévissent dans la région et qui ces derniers jours ont fait remonter l’insécurité d’un cran.

Après le M23 pour l’ONU, l'année 2014 devait être celle de la victoire contre les forces de libération démocratiques du Rwanda (FDLR). Mais pour Kinshasa, la priorité était autre : vaincre les ADF, ce groupe armé ougandais actif dans le nord-est du Congo depuis 20 ans.

Refusant de s’attaquer seule aux rebelles rwandais même si son mandat l’y autorise, la Monusco a plaidé en faveur d’opérations conjointes avec l’armée congolaise. Elles n’ont jamais eu lieu, les FARDC ayant choisi de se concentrer sur un autre front et de ne pas s’attaquer aux FDLR. Pendant ce temps, d’autres groupes armés du type Nduma Defense of Congo (NDC) de Cheka Ntabo Ntaberi ou la Force de résistance patriotique de l'Ituri (FRPI) de Cobra Matata ont eu le temps de se réorganiser dans d’autres zones du Nord-Kivu comme le Walikale ou l’Ituri.

De plus, face à des groupes armés multiples et extrêmement mobiles, la brigade d’intervention peine à suivre. Autorisés à ouvrir le feu, ses trois mille hommes ne sont pas formés aux opérations de guérillas à pied, affirme la Monusco et peinent donc à traquer des rebelles disséminés dans la forêt très dense du Nord-Kivu.

3 000 casques bleus sous mandat offensif

Enfin, il y a de vraies difficultés de coordination des troupes. Composée de 20 000 hommes seuls 3 000 ont le droit d’attaquer selon le mandat de l’ONU. Les 17 000 autres casques bleus ont un mandat traditionnellement plus limité. Un mandat à deux vitesses qui donne lieu à des tensions voire des incompréhensions préjudiciables à l’action sur le terrain. Le chef des opérations de maintien de la paix, Hervé Ladous, doit d’ailleurs soulever ce problème à New York auprès des pays contributeurs de troupes dans les semaines qui viennent.

Par exemple à Béni, ces dernières semaines il n’y a pas eu de patrouille de nuit, selon les populations sur place, malgré la présence à la fois de casques bleus népalais et d’un bataillon tanzanien de la brigade d’intervention ainsi que celle de l’armée congolaise dans la zone. Une absence, qui la nuit, a facilité la tâche aux rebelles pour multiplier les massacres de civils ces derniers jours.

L’insécurité augmente donc à l’est de la RDC alors que l'essentiel des effectifs civils et militaires de la Monusco se trouve pourtant aujourd'hui à l'Est après un déménagement qui s'est étalé sur plusieurs mois et s'est achevé en août. Cette réorientation suscite quelques inquiétudes et notamment à l'approche des échéances électorales. L'un des points les plus marquants de cette réorganisation est l'absorption de l'unité électorale par la division des affaires politiques. Concrètement, cela signifie que le nombre d'experts électoraux de la mission onusienne est passé de plus d'une centaine à 15 seulement dont deux sont encore en cours de recrutement. 15 à terme et pour tout le pays.

Nominations controversées

Partout où la Monusco perd en effectif, ce sont les agences onusiennes comme le PNUD, le programme des Nations unies pour le développement, qui sont censées prendre le relais. Sauf que ces dernières attendent, comme bien d'autres acteurs de la communauté internationale, que le gouvernement et la commission électorale présentent un calendrier global des élections à venir et un budget associé, ce à quoi Kinshasa se refuse pour le moment.

Au-delà de l'observation électorale, se pose également la question des possibles répercussions du vide laissé par la mission dans les provinces de l'Ouest dont les résultats lors des précédents scrutins avaient été largement contestés. L'opposition s'inquiète de ce vide et de l'absence de regard ou même de troupes pour intervenir en cas de répression. Pour Vital Kamerhe, le président de l’Union pour la nation congolaise (UNC), les dernières nominations au sein de l'armée dans le centre et l'ouest de généraux pourtant épinglés par le groupe d'experts de l'ONU est un très mauvais signal. Il insiste : la mission onusienne doit se redéployer un minimum dans l'ouest du pays dont la situation sécuritaire se dégrade par endroits et pourrait encore d'avantage se dégrader à l'approche des élections.

L’opposition a prévu de manifester ce lundi devant le siège de la Monusco à Kinshasa pour demander une plus grande implication dans les affaires politiques et l'organisation des élections et notamment la présidentielle en 2016.