Burkina Faso: l'opposition promet de poursuivre la bataille

Le président burkinabè, Blaise Comparoré, à Réo, le samedi 10 mai, au Burkina Faso.
© RFI/ Yaya Boudani

Apres plusieurs mois de manifestations dans les rues et dans les stades, les parti au pouvoir et l’opposition attendaient tous la décision du président Blaise Compaoré sur le sort qui sera réservé à l’article 37 de la Constitution. Le gouvernement vient d’adopter un projet de loi qu’il a soumis aux députés en vue de convoquer un referendum pour décider s’il faut oui ou non lever la limitation du nombre de mandat présidentiel. De chaque coté – majorité comme opposition – chacun se prépare pour les futures batailles.

Quelques heures seulement après le conseil extraordinaire des ministres, le gouvernement a déposé à l’assemblée nationale son projet de loi portant révision de la Constitution. Sur les chances pour la majorité de voir ce projet de loi adopté par les députés, les avis sont partagés.

Les partisans du président Blaise Compaoré dispose de 70 députés à l’Assemblée nationale alors qu’il faut 64 voix pour obtenir la majorité simple. Et si l’Alliance pour la démocratie et la fédération Rassemblement démocratique africain (ADF-RDA) rejoint les partis de la mouvance présidentielle (UFR et UNDD), le projet de loi obtiendra la majorité qualifiée des trois-quarts. Ce qui pourrait permettre une modification de l’article 37 de la Constitution (qui limite à deux quinquennats consécutifs le nombre de mandats présidentiels) sans passer par un référendum.

Le pouvoir se prépare

« Que ce soit le conseil national du CDP, que ce soit également au niveau du groupe parlementaire, l'appel des 81 députés, nous sommes satisfaits parce que le gouvernement a répondu à l'ensemble de ces sollicitations en prenant la décision d'introduire au niveau de l'assemblée un projet pour aller au référendum afin de départager les Burkinabès sur des questions politiques d'importance », a calmement déclaré Assimi Kouanda, secrétaire exécutif national des Congrès pour la démocratie et le progrès.

Réunis en session extraordinaire, le bureau politique national parti au pouvoir affute donc ses armes pour le référendum, le projet de loi du gouvernement sur la révision constitutionnelle étant déjà à l’Assemblée nationale. « Nous allons nous organiser, sensibiliser, informer nos militants pour qu'ils comprennent et sachent d'abord comment va s'opérer le vote du référendum et un travail de sensibilisation et de formation pour le vote référendaire », a poursuivi le responsable politique.

Opposition à l'Assemblée d'abord

Mais la tâche ne s’annonce pas facile pour le parti au pouvoir. « A la suite de l'échec des discussions avec la majorité, on sentait bien que l'initiative allair venir. Ca a aussi le mérite de clarifier la situation. Jusque-là, on entendait des discours contradictoires, et maintenant on est très persuadé de la volonté telle qu'elle est manifestée. En tant qu'opposition, nous restons sur la position que nous avons toujours défendue, à savoir que c'est un référendum inutile et inapproprié dans le contexte actuel de la vie de notre pays. Par conséquent, nous allons nous organiser pour le mettre en échec », assure Zéphirin Diabré, président de l'Union pour le progrès et le changement (UPC).

« L'opposition politique va se battre, c'est sûr et certain, promet Maître Benewendé Stanislas Sankara, président de l’UNIR/PS. Nous allons voir à l'Assemblée si les députés vont aller dans le sens de ce que le peuple veut, ou aller dans le sens des intérêts de quelqu'un. »

« Tous les moyens légaux »

L’opposition entend donc s’opposer à toute révision de la Constitution par tous les moyens légaux : allant de la « résistance active à la désobéissance civile ». « La première étape, c'est sans doute au niveau de l'assemblée nationale. Il est clair que l'opposition fera un travail avec tous les patriotes qui veulent s'associer à son action, pour voter contre ce projet. Si d'aventure il passait le cap de l'Assemblée, il y a d'autres formes de lutte », détaille Zéphirin Diabré.

Certaines organisations de la société civile qualifient déjà ce projet de loi « d’un attentat à la Constitution », ou d’un « coup d’Etat civil et constitutionnel » en préparation qu’elles jugent « inacceptable et illégitime ». Elles entendent organiser « une journée d’interpellation des députés » devant l’Assemblée nationale le jour où la loi sera votée.