Reportage au Liberia: Ebola suscite méfiance et hostilité

A Monrovia, au Liberia, une femme suspectée d'être atteinte du virus d'Ebola est accompagnée par un soignant vers une ambulance, le 15 septembre 2014.
© REUTERS/James Giahyue

En Sierra Leone, les autorités ont imposé un couvre-feu dans la ville de Koidu, dans l'Est. La décision a été prise après des tensions entre des jeunes et des policiers à propos d'un cas suspect d'Ebola. Une nouvelle illustration des réticences de certains habitants, qui ne veulent pas toujours se soumettre à des tests. L'épidémie fait peur et elle perturbe énormément les relations sociales dans tous les pays touchés. Au Libéria, la population se méfie, d'autant plus que certains vivent dans le déni, comme l'a constaté notre envoyé spécial. Reportage dans le quartier de Clara Town, dans la capitale Monrovia.

Avec notre envoyé spécial à Monrovia

La maison ressemble aux autres. Pourtant, presque tout le monde l’évite. Le père est mort. Puis quatre autres personnes ayant touché son corps. Huit survivants vivent pourtant toujours à l’intérieur, sans aucune quarantaine. Awa est une voisine. Dans sa pharmacie, elle confie sa peur. « On ne s’approche pas d’eux, dit-elle. On ne leur parle plus car on sait que c’est Ebola. Je les vois depuis chez moi. Ils sortent librement. Des policiers sont venus, mais ils les ont insultés et les ont chassés. Une voisine a même déménagé. »

Méfiance entre voisins

Awa explique avoir tenté d’appeler les secours, sans succès. Pire, elle affirme qu’une femme est toujours malade à l’intérieur. Soudain, la porte de la boutique s’ouvre. C’est le frère cadet, John Namwé, un des survivants toujours dans la maison. « Notre père est mort d’hypotension, confie-t-il. Mais on dit qu’un sorcier l’a tué avec mon frère. C’est moi qui ai mis le corps de mon père dans l’ambulance, mais je vais bien. Si ça avait été Ebola, je serais mort. C’est vrai, une femme est malade chez nous. On a appelé les urgences, mais personne ne vient. »

Doyle Sockey habite Clara Town. Pour lui, cette tragédie a changé la vie du quartier. « Ce n’est plus pareil, dit-il. Tant que des médecins ne leur donnent pas un certificat prouvant qu’ils n’ont pas le virus, ce sera comme ça. Cela prendra du temps pour que tout redevienne comme avant. » Awa termine avec une affirmation faisant froid dans le dos. La famille aurait enterré quatre de ses morts, violant le principe de crémation obligatoire.

L'espoir n'est pas mort

A moment où l'épidémie instaure la peur dans les quartiers de Monrovia, la capitale, l'ONG Médecins sans frontières fait savoir qu'un 1 000e patient guéri a pu quitter l'un de ses centres de traitement dans toute l'Afrique de l'Ouest. C'est le 1 000e sur 4 500 patients accueillis dont 2 700 confirmés comme étant porteurs du virus. Un chiffre symbolique mais pas seulement... C'est le signe, explique MSF, qu'il ne faut pas perdre espoir. Et surtout avoir confiance dans le travail difficile effectué par ses équipes.

Brice Delevigne, directeur des opérations pour MSF Belgique affirme avec insistance que « c’est très important de dire qu’Ebola ne signifie pas uniquement une issue fatale, mais qu’il y a aussi un espoir d’en sortir guéri ».

Par ailleurs, d'après le Commissariat à l'énergie atomique, des chercheurs français ont mis au point un test de diagnostic rapide, qui permet d'identifier le virus Ebola en quinze minutes.

Island clinic, la « clinique de l'île » un centre de traitement pour les malades d'Ebola contrôlé par le gouvernement liberien à Monrovia. © RFI / Sébastien Németh

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