Révision de la Constitution: l’opposition burkinabè toujours mobilisée

Blaise Compaoré, chef de l'Etat burkinabè.
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Les députés burkinabè se prononceront le 30 octobre sur le projet de réforme de la Constitution, inscrit à l’ordre du jour de la session en cours à l’Assemblée nationale. Le texte proposé par le gouvernement prévoit de modifier l'article 37 et d'autoriser Blaise Compaoré à briguer un nouveau mandat, lors de l'élection présidentielle de 2015. Si les trois quarts des députés approuvent l'idée, la Constitution sera modifiée directement. Sinon, les parlementaires peuvent voter l'organisation d'un référendum sur cette réforme. Les opposants n'acceptent toujours pas cette idée et ils ont prévu de le faire savoir dans les jours à venir.

Marches, meetings, sit-in et désobéissance civile : à partir du 28 octobre prochain, les opposants à une modification de l’article 37 de la Constitution - qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels, et qui empêche en principe Blaise Compaoré de se présenter en 2015 -, prévoient une série de manifestations dans tout le pays.

Pour le gouvernement burkinabè, aucune manifestation ne sera interdite si elle se tient dans le respect des lois. Alain Edouard Traoré, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement affirme que « le gouvernement ne pense aucunement restreindre les libertés démocratiques, donc de manifestation, d’opinion et d’expression. Quelle que soit la façon. Maintenant il y a des lois, il y a des textes. Et nous appelons les uns et les autres simplement au respect strict des lois et règlements parce que c’est ça aussi qui fait l’Etat de droit, c’est ça aussi qui fait la démocratie. »

Plusieurs organisations de la société civile entendent s’installer devant le Parlement burkinabè le jour du vote de la loi portant révision constitutionnelle. L’objectif est d’interpeller les députés sur leurs responsabilités. Selon Alain Edouard Traoré, cette manifestation ne devrait pas troubler la quiétude des députés. « Nous sommes dans un Etat de droit, dit-il, et l’Etat de droit est organisé de sorte que chacun assume son rôle. Ils vont vouloir envahir [le Parlement]. C’est leur droit de le vouloir. Mais s'il y a des actes qui sont contraires aux lois et règlements, ils vont aussi en assumer les conséquences. C’est aussi simple que ça. »

Position prudente de Paris

La France a réagi jeudi, pour la première fois, sur le projet de révision constitutionnelle engagé au Burkina Faso. La question ne suscite guère l'enthousiasme de Paris. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères laisse ainsi entendre qu'il ne soutient pas le maintien au pouvoir des dirigeants. Mais Romain Nadal reste très prudent. « Ce n’est pas à nous de nous ingérer dans ce débat, a-t-il déclaré à RFI. Mais la France a une position de principe qui est son attachement à la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance. C’est un texte que l’ensemble des Etats africains doivent respecter. Et son article 23 est très clair en matière de révision des Constitutions qui aurait pour objectif d’empêcher des alternances démocratiques. En affirmant ce principe et en rappelant ce principe, la position de la France est très claire. Et elle a cette position à l’égard de l’ensemble des Etats africains car il en va de la crédibilité de l’Union africaine et de la Charte. »