Pourparlers d'Alger: encore des blocages sur le statut du nord du Mali

Abdoulaye Diop, le chef de la diplomatie malienne, le 1er septembre 2014.
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Ce doit être la base d'un futur accord de paix au Mali. Un document a été élaboré à Alger par la médiation, qui réunissait cette semaine encore dans la capitale algérienne des représentants du pouvoir de Bamako et des groupes armés maliens du nord du pays, à l'issue d'une troisième session de pourparlers. Le chemin reste long.

De retour au Mali, les ministres des Affaires étrangères, de la Réconciliation nationale et de la Reconstruction des régions du nord ont présenté un texte, ce samedi 25 octobre 2014. Des ministres satisfaits au moment de rentrer à leur base, car leurs préoccupations majeures « ont été prises en compte », disent-ils.

Abdoulaye Diop, chef de la diplomatie malienne, se veut confiant : « Le document qui nous est proposé ne contient pas ce qui a été indiqué par le président de la République comme étant des choses qui ne sont pas acceptables. Le respect de l'unité nationale, de la souveraineté du pays, de l'intégrité territoriale, et de la forme laïque et républicaine de la République (y sont). En clair, le document qui nous est proposé ne parle pas de fédéralisme, ne parle pas d'autonomie. »

« Pour nous, c'est une donnée importante », précise M. Diop, selon qui le document peut constituer « une bonne base pour discuter d'un pré-accord ». « Je peux vous dire que nous revenons de ce processus confiants, satisfaits de l'état d'esprit que nous avons noté, et nous espérons que ces quelques jours que nous nous sommes donnés nous permettront encore d'affiner les éléments dont nous disposons. »

L'armée nationale malienne doit « contenir tous les fils du pays »

S'engage désormais une nouvelle phase de restitution, en vue d’éventuelles modifications du texte proposé par la médiation algérienne. Zahabi Ould Sidi Mohamed, ministre de la Réconciliation nationale, l'assure : « Toutes les parties se sont engagées à mener des actions d'explication par rapport à ce processus et par rapport à ce document, y compris la médiation. Maintenant, les formes restent à voir dans les jours qui suivent. » Les autorités maliennes tenteront d’expliquer, voire de convaincre l’opinion nationale.

Le redéploiement progressif de l’armée malienne dans le nord, sur un an, ou encore l’intégration de combattants des groupes armés au sein de l’armée nationale, feront ainsi l’objet d’un véritable travail de pédagogie. Pour Hamadoun Konaté, ministre de la Reconstruction des régions du nord, « nulle part, il n'y a d'ambiguïté sur le fait que la défense nationale est assurée par une armée nationale. Et l'armée nationale, c'est celle de la République. Cela est clair dans le document. Cette armée nationale doit devenir progressivement nationale, c'est-à-dire contenir tous les fils du pays. »

« L'avenir politique, administratif et sécuritaire aux autochtones »

Problème : les réactions sont dissonantes au nord ; les représentants du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) ne sont pas satisfaits de ce texte. Le document ne va pas assez loin, selon leur porte-parole Mossa Ag Ataher, qui n'y voit qu'un « projet de mise à jour et de correction des faiblesses de la décentralisation ». Le MNLA compte donc remettre un document amendé à la médiation dans les 48 heures.

« Nous disons qu'il faut que les uns et les autres acceptent d'avancer, plaide Mossa Ag Ataher. Il ne sert à rien de faire un pas en avant, deux pas en arrière. La coordination des mouvements de l'Azawad va proposer, dans cette nouvelle formule de document que nous allons remettre à la médiation à nouveau, un statut politique pour les régions de Gao, Tombouctou et Kidal. Dans ce statut, nous souhaitons que l'avenir politique, administratif, sécuritaire de ces régions soit remis aux populations autochtones ; que les populations se l'approprient dans son ensemble. »

« Il faut arrêter d'avoir peur des décisions politiques »

Et le représentant du MNLA de poser la question qui fâche : « Pourquoi ne pas parler d'un fédéralisme ? Pourquoi ne pas accepter que fédérer aujourd'hui des entités différentes, mais qui pourraient être complémentaires, c'est la solution ? Pourquoi ne pas essayer ? » Avant de conclure : « Nous disons qu'il faut arrêter d'avoir peur des décisions politiques, qu'il faut avoir un courage politique pour accepter des choses qui, jusqu'ici, n'ont pas été essayées. »

Les différentes parties se retrouveront à Alger, pour la suite des négociations, à la mi-novembre. Mais en attendant, l'insécurité règne toujours dans le nord du Mali. Dans la région de Kidal, la mission des Nations unies a été la cible d'une nouvelle attaque terroriste. Un convoi qui transportait de l’eau a sauté sur une mine, sur la route reliant Kidal et Anefis. Trois casques bleus sénégalais ont été blessés, indique la Minusma, dont deux gravement. Ces derniers devaient être transférés ce samedi à Dakar.