La décision de suspendre la BBC au Rwanda jugée «disproportionnée»

Le Rwanda a suspendu temporairement ses programmes de la BBC en kinyarwanda.
© REUTERS/Olivia Harris

La BBC a réagi samedi à la décision du Rwanda de suspendre temporairement ses programmes radio en kinyarwanda à la suite de la diffusion sur une des chaînes du service public audiovisuel britannique d’un documentaire controversé sur le génocide de 1994. Les responsables de la BBC ont estimé que cette décision était « disproportionnée ». « L’Histoire jamais contée du Rwanda » a provoqué de vives critiques. Le président rwandais a lui-même accusé la BBC de nier le génocide.

« Nous sommes surpris et déçus que le gouvernement rwandais ait suspendu » des programmes de la BBC. « Nous considérons cette action comme injustifiée et disproportionnée », a déclaré à RFI un porte-parole de du service public audiovisuel britannique.

La BBC a une nouvelle fois réfuté les accusations de négation du génocide qui pèsent sur son documentaire, estimant que le programme apportait « une contribution précieuse à la compréhension de l'histoire tragique du pays et de la région ». La BBC rappelle avoir, à plusieurs reprises, proposé au gouvernement rwandais d’apparaître dans le documentaire incriminé, mais que toutes ses demandes avaient été rejetées. Elle a toutefois assuré qu’elle continuerait à diffuser les réactions des autorités rwandaises à ce sujet.

Pendant ce temps là, au Rwanda, c’est la RMC, ma jeune et indépendante commission rwandaise représentant et régulant les médias qui a réagi. La RMC a jugé la décision de l’autorité étatique, la RURA, « illégale ». « Pour toute prise de décision sur des sanctions envers un média, nous devons faire des recommandations, rappelle Fred Muvunyi, le président de la RMC. Cela n’a pas été le cas, car la RURA ne nous a pas consultés. Donc, selon notre analyse, il était illégal de prendre cette décision, car selon la loi nous devons travailler ensemble ».

La liberté de la presse attaquée

Fred Muvunyi a répété que le documentaire était insultant et déformait l’histoire du génocide, mais que cependant, la décision prise par les autorités rwandaises était prématurée. Que la RURA contrevenait à la liberté de la presse en fermant des programmes de la BBC avant qu’une enquête ne soit menée.

Frank Habineza, le président du Parti démocratique vert, un parti d’opposition rwandais, a estimé pour sa part que la décision des autorités du pays de suspendre partiellement la BBC était « une attaque à la liberté de la presse ». Frank Habineza a appelé sur le réseau social Twitter à une réouverture immédiate des programmes de la BBC.

Le département d’Etat américain a également réagi estimant que la meilleure façon de répondre à toutes « inexactitudes factuelles » du documentaire était « de faciliter le débat public et l’exercice du droit de réponse » et non pas de fermer les médias. Et il a exhorté le gouvernement à « protéger la fondamentale liberté d’expression en protégeant la liberté d’expression et une presse indépendante ».