Burkina Faso: mobilisation massive contre la révision constitutionnelle

Manifestation de femmes à la veille d’une journée de désobéissance civile déclarée par l’opposition au projet de modification de la Constitution, à Ouagadougou, Burkina Faso.
© AFP PHO/ ROMARIC HIEN

Pour l’opposition burkinabè, cette journée de manifestation nationale contre la révision de la Constitution est déjà un succès. A Ouagadougou, plusieurs centaines de milliers de personnes seraient descendues dans la rue ce mardi. La marche elle-même s’est déroulée dans le calme. Mais des heurts, qui avaient opposé des manifestants aux forces de l’ordre avant le départ du cortège, ont à nouveau éclaté à la mi-journée. Les syndicats ont appelé à une journée de grève ce mercredi.

Les affrontements ont commencé tard, lundi soir, quand les forces de l’ordre ont tenté de disperser des jeunes qui étaient en train de bloquer certaines artères de la ville de Ouagadougou. Ce matin, la marche de l’opposition s’est déroulée dans le calme et elle s’est achevée en fin de matinée place de la Nation. Une mobilisation réussie pour l’opposition à l’occasion de cette journée nationale de protestation.

Ouagadougou ressemblait ce mardi matin à une ville morte. Les commerces, les stations-service, tout était fermé. Dès le petit matin, des dizaines de milliers de personnes se sont dirigées vers le centre-ville pour participer à cette grande marche et à un grand meeting.

Ultimatum au chef de l’Etat

« C’est la fin de Blaise Compaoré, il faut qu’il parte la tête haute. Cela fait 27 ans qu’il est là et on ne peut même pas s’acheter un sac de riz avec un salaire », a crié un jeune dans la foule, sifflet à la bouche. « Il a fait beaucoup pour son pays, mais qu’il parte se reposer », renchérit un homme à ses côtés.

C'est une véritable marée humaine qui a envahi plus tard la place de la Nation pour dire non à la modification de la Constitution.

Burkina Faso : reportage dans la manifestation à Ouagadougou
28-10-2014 - Par Yaya Boudani

« Cette marche est le dernier avertissement pour Blaise Compaoré. Nous ne sommes plus dans la phase de dissuasion, mais dans la confrontation », a déclaré Zéphirin Diabré au cours du meeting qui a suivi la marche. le chef de file de l’opposition a en outre appelé la population à maintenir la pression jusqu’au retrait du projet de loi gouvernemental portant sur la révision de la Constitution.

Reprenant la même revendication, le député de l'opposition Ablassé Ouedraogo a demandé sur RFI « au président Compaoré et a son gouvernement d'entendre et d'écouter son peuple et de retirer sans délai le projet de loi modifiant l'article 37 de la Constitution, et le Burkina retrouvera sa situation de paix, de stabilité, et de concorde nationale »,

Heurts en marge du rassemblement

Toute la journée de mardi, les autorités ou les cadres du CDP le parti au pouvoir ont refusé de répondre aux sollicitations de RFI. Mais le ministre de la Communication, Alain Edouard Traoré a publié un communiqué dans lequel il estime « ces manifestations illustrent sans aucun doute la vitalité de notre démocratie (…), avant d'ajouter : « Le gouvernement en appelle au sens de responsabilité et à la retenue, afin d'éviter tout acte qui pourrait compromettre la paix et la stabilité si chères à notre pays ».

Selon plusieurs témoins ce mardi soir certains députés s'installaient dans un hôtel tout proche de l'Assemblée, afin de pouvoir se rendre sans encombre à la séance de jeudi matin. À la fin de la manifestation, la police a dispersé à coup de gaz lacrymogènes certains manifestants qui tentaient de camper sur la place.