Les défenseurs de la presse contre la suspension de la BBC au Rwanda

Quartiers généraux de la BBC, au nord de Londres.
© AFP/Max Nash

Deux organisations internationales de défense de la presse demandent au gouvernement rwandais de revenir sur sa décision de suspendre les programmes de la BBC en Kinyarwanda. Une décision prise pour protester contre un documentaire télévisé mettant en cause le président Kagame dans une série de crimes commis dans les Grands Lacs : attentat contre l'avion du président Habyarimana, massacres au Rwanda et au Congo, assassinats politiques.

Les autorités rwandaises accusent les auteurs de ce documentaire, intitulé Rwanda : the untold story, d'avoir nié le génocide en laissant deux chercheurs américains remettre en cause le bilan des massacres contre les Tutsis au Rwanda. Et pour Cléa Schriber-Khan de Reporter sans Frontières, la coupure de l’antenne de la BCC est une réaction disproportionnée : « Ça nous paraît être une réaction qui ne répond pas vraiment aux préoccupations du gouvernement rwandais. Pourquoi suspendre une émission de radio en Kinyarwanda, alors que c’est un documentaire diffusé à la télévision en anglais, qui a provoqué l’ire du gouvernement ? Cette suspension répond à une logique plus politique qu’autre chose. »

Même son de cloche pour le responsable Afrique du Comité de protection des journalistes (CPJ). En effet, Tom Rhodes estime qu’il s’agit là d’une atteinte à la liberté d'informer : « Notre sentiment est le même que celui des journalistes locaux auxquels nous avons pu parler à Kigali ou de l'organisation d'autorégulation des médias, la RMC. Ce n'est pas au gouvernement ou aux députés de décider de la suspension d'un média international qui émet à travers tout le pays. Cela aurait dû se faire à travers l'organisation d'autorégulation des médias, la RMC. »

Une décision du gouvernement rwandais qui a des conséquences beaucoup plus graves étant donné la spécificité de l’antenne en Kinyarwanda de la BBC : « Le service Grands Lacs de la BBC, ses programmes en kinyarwanda sont l'un des très rares, si ce n'est l'unique, à diffuser une information indépendante à travers tout le pays, sur laquelle la population rwandophone compte. Ce que nous espérons, c'est que le gouvernement rwandais reconnaisse son erreur et revienne sur cette décision. S’il veut prendre des sanctions, il en a le droit, mais il devrait se plaindre à la RMC, l'organisation d'autorégulation des médias. Mais suspendre ce programme, ce n'est pas la bonne méthode. Au contraire, ça donne juste l'impression que le gouvernement rwandais cherche à cacher quelque chose », estime Tom Rhodes.