Burkina Faso: R.M. Christian Kaboré «n'en veut pas à Hollande»

Roch Marc Christian Kaboré, président du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP).
© RFI/Sébastien Nemeth

Rock Marc Christian Kaboré, président du parti Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), fondé par des dissidents du parti au pouvoir en janvier 2014 au Burkina Faso, est l'un des principaux représentants de l'opposition dans le cadre de la recherche d'une sortie de crise et de l'élaboration d'une transition. Il a rencontré les émissaires de l'UA, de la Cédéao et des Nations unies ce mardi 4 novembre au matin ; et dans l'après-midi, il planchait avec la société civile sur la rédaction d'une future charte constitutionnelle. Rock Marc Christian Kaboré a accordé un entretien à notre envoyé spécial à Ouagadougou.

RFI : Le président français a indiqué que la France avait joué un rôle dans l'extradition de Blaise Compaoré du pays. Quelle est votre réaction aux déclarations de Francois Hollande ?

Rock Marc Christian Kaboré: Partout dans le monde, lorsqu’il y a des chefs d’Etat qui sont en difficulté, il est évident qu’un certain nombre de pays prennent des dispositions pour les exfiltrer de manière à éviter évidemment des situations un peu plus catastrophiques. Nous avons pris acte du fait que le président Hollande a déclaré avoir participé à cette opération.

Mais vous n’en voulez pas au président François Hollande ?

Je ne peux pas lui en vouloir, puisque personne ne lui en veut à titre personnel, au président Blaise Compaoré, au-delà du fait qu’il doit être conscient qu’il est le seul responsable ; il a accepté, il assume. En tout cas, je dirais qu’il n’a pas posé les actes qu’il fallait poser pour éviter au peuple burkinabè cette situation.

La communauté internationale envoie moult émissaires, une réunion de la Cédéao est prévue également jeudi à Accra. La communauté internationale qui exerce beaucoup de pression…

Nous avons écouté avec beaucoup d’intérêt la délégation de la communauté internationale qui a reçu l’opposition politique, ce matin encore. Cela veut dire pour la communauté internationale, la Constitution du Burkina Faso qui, aujourd’hui, est suspendue, doit être remise en vigueur, nous sommes tout à fait d’accord. Pour nous, en tant qu’opposition politique, nous avons attiré l’attention sur le fait qu'il fallait que nous appliquions la Constitution dans un contexte qui tient compte des réalités, et non pas de façon dogmatique, pour permettre aux forces vives de pouvoir s’entendre consensuellement sur quelqu’un qui pourrait assurer cette transition. Nous pensons que c’est la seule voie qui va nous permettre d’éviter des problèmes supplémentaires.

L’Union africaine exerce de la pression, vous l’aviez interpellée pour que Blaise Compaoré ne procède pas à cette tentative de modification de la Constitution. Avait-elle répondu à votre appel ?

Nous avons adressé une correspondance à l’Union africaine pour demander une audience, que nous n’avons d’ailleurs jamais obtenue. L’objet de l’audience était justement de dire à l’Union africaine qu'il faut quand même que la charte pour la démocratie des élections de l’Union africaine précise clairement que les présidents qui veulent manipuler la Constitution pour rester au pouvoir, posent un acte anticonstitutionnel. De ce point de vue, pour nous, après 27 ans de pouvoir, il était impossible au président Blaise Compaoré de continuer à modifier la Constitution pour rester ad vitam aeternam au pouvoir.

Vous trouvez qu’il y a deux poids et deux mesures, on ne demande pas aux présidents en exercice en Afrique de respecter la Constitution. En revanche, quand il s’agit de mener une transition suite à un soulèvement populaire, l’Union africaine exerce de la pression ?

Nous devons quand même reconnaître que l’Union africaine dispose d'un certain nombre de mécanismes de prévention des conflits. Je crois que lorsque des situations se présentent comme ça, il était plus qu’urgent que la communauté internationale se mobilise pour envoyer des délégations pour venir éviter les problèmes que nous connaissons aujourd’hui. C’est pour dire que nous avons quand même ce reproche à faire, qui est que les mécanismes doivent être mis en place pour éviter justement que nous tombions dans les situations. On vient après, comme le médecin après la mort, pour dire : « Respectons la Constitution ».

Maintenant, il va s’agir de choisir une personnalité. On sait désormais que cette personnalité ne sera pas un militaire. Y a-t-il un consensus autour du profil recherché ?

Nous devons en tout cas travailler à ce que le président de la transition ne soit pas quelqu’un qui soit dans l’action politique. Je pense que c’est important pour rassurer les uns et les autres, et il nous faut travailler rapidement, nous concerter et faire une proposition dans ce sens.

Cela suppose, avant de nommer une personnalité issue de la société civile, que le lieutenant-colonel Isaac Zida remette réellement le pouvoir. Vous avez confiance en lui ?

Le lieutenant-colonel Zida a déjà dit plusieurs fois qu’il n’était pas venu pour s’accrocher au pouvoir. Mais on ne peut apprécier la confiance que l’on donne à quelqu’un qu’à l’aune de sa pratique. Je crois que nous sommes en concertation. Lui-même l’a dit : « Je vais me concerter avec tout le monde ». Ce que nous aurons arrêté ensemble, c’est ce que nous allons faire. Je crois que nous avons encore quelques jours devant nous pour pouvoir aboutir à des solutions qui permettent à tout le monde et aux forces de la Nation, y compris l’armée justement, de trouver cette solution qui va nous permettre de reprendre en main l’avenir du peuple burkinabè et l’avenir du Burkina Faso de façon générale.