Burkina Faso: un exemple pour l’Afrique centrale?

Scène de liesse populaire dans les rues de Ouagadougou, le 31 octobre 2014 après le départ du pouvoir de Blaise Compaoré.
© REUTERS/Joe Penney

La situation au Burkina Faso est suivie avec attention sur l’ensemble du continent. Oppositions et sociétés civiles de nombreux pays saluent la mobilisation des Burkinabè et disent vouloir s'en inspirer. Ainsi, à Brazzaville - capitale de la République du Congo - une réunion du parti d’opposition, le Parti social démocrate congolais (PSDC) s’est tenue, ce mardi 4 novembre, pour demander le respect de la Constitution. Elle a été perturbée par la police. Réactions également au Gabon et au Tchad.

En République du Congo, à Brazzaville, la réunion du PSDC - parti d'opposition congolais - a été perturbée par la police ce mardi après-midi. Le Mouvement citoyen pour le respect de l'ordre constitutionnel tenait cette réunion pour demander le respect de la Constitution. Elle se tenait au domicile du président du PSDC, Clément Mierassa, lorsque des inconnus et des policiers ont pénétré chez lui, chassant les participants, pillant certains biens et arrêtant certains participants, selon le leader du parti.

« Pendant que nous tenions calmement la réunion, à un moment donné, il y a eu intrusion des éléments de la force publique. Les uns en civil, les autres en tenue de policiers ont donné des instructions pour qu’on tape sur tout ce qui était dans l’enceinte, pour qu’on prenne l’argent et les téléphones. Ils sont rentrés dans ma chambre à coucher et ont tout saccagé. Ils ont aussi arrêté des dizaines de jeunes », a déclaré à RFI, Clément Mierassa, président du PSDC.

Faut-il y voir un signe de la nervosité du pouvoir à Brazzaville, après les événements de ces derniers jours au Burkina Faso ? Clément Mierassa affirme que les autorités ont fait pression pour faire annuler l'assemblée générale. « Nous avons l’habitude de tenir ce genre de réunions et cela ne pose aucun problème. Nous ne troublions pas l’ordre public. Nous avons reçu les autorités qui nous ont dit que le contexte était difficile. Je sais que c’est cette affaire du Burkina Faso qui met déjà un peu sur les nerfs ici, mais cela ne nous empêche pas de fonctionner normalement et de mener nos activités », a précisé Clément Mierassa.

De son côté, le porte-parole de la police a répondu à RFI et confirmé les arrestations. Selon Jules Monkala Tchoumou, le parti n'avait pas les autorisations nécessaires pour tenir une telle assemblée, ayant notamment appelé des étudiants et des dizaines de militants à les rejoindre. « Effectivement la police de Brazzaville a fait une intervention dans l’arrondissement Quatre, à la demande des autorités préfectorales pour interdire une manifestation non déclarée et non autorisée. Les organisateurs de cette manifestation ont fait fi des instructions et lorsque la police est arrivée sur les lieux, il y a eu une légère altercation. Quelques participants à la manifestation ont été interpellés et entendus par la police », a-t-il déclaré. 

Au Gabon, le collectif « Ca suffit comme ça » réclame des réformes au niveau de la Constitution

Au Gabon, le collectif « Ca suffit comme ça » a estimé, dans un communiqué, que ce qui s'est passé au Burkina Faso était « une leçon de démocratie (...) servie à tous les peuples africains ». Ce collectif « exige » du pouvoir gabonais qu'il organise des assises nationales et mette en place plusieurs réformes, notamment la limitation du nombre de mandats présidentiels.

« Nous pensons que ce que le peuple burkinabè vient de faire était l’exemple à suivre pour ceux des pays francophones qui vivent sous les dictatures. Au Gabon, vous savez qu’une famille – la famille Bongo – est au pouvoir depuis bientôt cinquante ans. Il faut absolument que des réformes, au niveau de la Constitution, des institutions républicaines et au niveau même de l’organisation de ces élections, puissent voir le jour. Si on se lance à organiser les élections présidentielles à venir dans la situation actuelle, j’ai bien peur qu’on arrive à ne plus contrôler la population dans la rue », a déclaré à RFI, Marc Ona Essangui, coordonnateur de « Ca suffit comme ça ».

Du côté des autorités gabonaises, le Parti démocratique gabonais (PDG) estime que le parallèle entre le Burkina-Faso et le Gabon est excessif. « Ce sont des situations qui sont différentes. En ce qui nous concerne, nous avons d’abord une Constitution qui est ouverte. Nous n’avons pas de révision à faire pour solliciter un nouveau mandat quelconque. Ensuite nous avons un président qui est élu depuis cinq ans seulement. Il a un mandat de sept ans », a précisé, à RFI, Faustin Boukoubi, secrétaire général du PDG.

Certes, le président Ali Bongo n’est à la tête du pays que depuis quelques années, mais certaines voix s’élèvent pour dire que sa famille occupe le pouvoir depuis 50 ans. Selon Faustin Boukoubi, il ne faut par pas « personnaliser » la question du pouvoir autour de la famille Bongo. « Je ne pense pas qu’il faille personnaliser les débats. On a bien aux Etats-Unis des fils de qui prennent le pouvoir. Je ne pense pas que cela a gêné qui que ce soit », a estimé Faustin Boukoubi.

Au Tchad, le PLD, parti d’opposition, demande la démission du président Idriss Déby

Au Tchad, le Parti pour les libertés et le développement (PLD) de l'opposant Ibni Oumar Mahamat Saleh a organisé une conférence de presse pour demander la démission du président Déby et de son gouvernement. Le PLD estime en effet que la modification de la Constitution, rejetée par les Burkinabès, est celle que les Tchadiens ont connue en 2005 et que depuis, des problèmes sociaux nombreux sont venus alimenter la grogne populaire.

« Au Burkina Faso, c’est maintenant seulement que les autorités au pouvoir voulaient modifier la Constitution pour leur permettre de rester éternellement au pouvoir, alors qu’au Tchad, déjà en 2005, la Constitution a été modifiée de telle manière que le président de la République puisse se présenter aux élections comme il le veut », a déclaré, à RFI, Jean-Baptiste Laokolé, secrétaire général adjoint du PLD.

« Au Tchad, le problème qui se pose maintenant, c’est l’organisation des élections transparentes démocratiques. Et là, la commission qui est mise sur pied pour organiser ces élections n’avance pas du tout. A ce problème viennent s’ajouter la cherté de la vie, le conflit entre les paysans et les agriculteurs, les situations socio-économiques dramatiques. Le PLD exige que le président de la République démissionne avec son gouvernement », a ajouté Jean-Baptiste Laokolé.

De son côté, le Mouvement patriotique du Salut (MPS), parti au pouvoir au Tchad, estime pour sa part que les situations du Tchad et du Burkina sont radicalement différentes. « L’événement qui vient de se passer au Burkina n’est rien d’autre qu’une lutte pour le respect des institutions dont le pays se dote. Il n’y a pas de parallèle à établir entre les événements du Burkina Faso et la vie politique au Tchad. Ce sont deux situations diamétralement opposées. Au Tchad, nous avons adopté une Constitution. Les choses sont claires. Au Burkina, c’était une tentative de réviser la Constitution au profit d’un individu », a déclaré, à RFI, Adrien Malo Beyom, secrétaire général du MPS.

En 2016, si le président Déby est réélu, ce sera son cinquième mandat. Selon Adrien Malo Beyom, cette absence d’alternance n’est pas un problème pour le bon fonctionnement des institutions. « L’alternance est un élément de la démocratie et non un élément indispensable. Je crois que même sans alternance, le Tchad vit sous un régime démocratique clair », a soutenu le secrétaire général du Mouvement patriotique du salut, Adrien Malo Beyom.