Burkina Faso: sans transition civile, l'UA menace de sanctions

A Ouagadougou, des manifestants pro-démocratie se sont rassemblés le 2 novembre 2014 pour protester contre la prise de pouvoir de l'armée.
© REUTERS/Joe Penney

Le lundi 3 novembre, l'Union africaine (UA) a donné deux semaines à l'armée du Burkina Faso pour rendre le pouvoir aux civils. Dans le cas contraire, l'UA - qui reste prudente face aux déclarations du lieutenant-colonel Isaac Zida - a brandi la menace de sanctions. De son côté, la médiation internationale a fait son retour à Ouagadougou. L'envoyé spécial de l'ONU pour l'Afrique de l'Ouest, le président de la Commission de la Cédéao et le représentant spécial de la Commission de l'UA pour le Burkina Faso rencontrent ce mardi 4 novembre les forces vives et les autorités militaires. Le président en exercice de la Cédéao, le Ghanéen John Dramani Mahama, est, lui, attendu mercredi à Ouagadougou. Un sommet des chefs d'Etat de la Cédéao, consacré en partie à la situation au Burkina Faso, doit se tenir jeudi et vendredi à Accra au Ghana.

Lundi 3 novembre, l’Union africaine a confirmé sa position : elle réclame une transition civile au Burkina Faso. Entre-temps, les militaires ont également conforté leur position. Et même si le lieutenant-colonel Isaac Zida a promis une transition dans un cadre constitutionnel, le président en exercice du Conseil de paix et de sécurité de l’UA, l’ambassadeur équato-guinéen Simeon Oyono Esono, s’est voulu ferme et a lancé un ultimatum pour que le pouvoir soit rendu aux civils.

« L’Union africaine est convaincue que le changement au Burkina Faso était anti-démocratique mais nous savons aussi que c’est la pression populaire qui a obligé le président Blaise Compaoré à démissionner », a expliqué Simeon Oyono Esono. « Les militaires ont profité de cette conjoncture pour s’emparer du pouvoir mais, à l’origine, il y avait une volonté du peuple. Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a donc tenu compte de ce contexte de révolte populaire et a donné aux militaires un délai de deux semaines pour qu’ils rendent le pouvoir aux civils », a-t-il poursuivi, avant d’ajouter : « Si jamais ce transfert n’a pas lieu, nous prendrons les sanctions conformes au règlement de notre institution. »

L'UA ne veut pas interférer dans le processus de transition

De fait, l’UA estime que la promesse du lieutenant-colonel Isaac Zida de remettre les pouvoirs exécutifs à un organisme de transition dans un cadre constitutionnel « semble être insuffisante ». « Quand nous parlons de la transmission du pouvoir aux autorités civiles, cela s’entend dans sa plénitude », a estimé Smaïl Chergui, commissaire à la paix et à la sécurité de l'Union africaine qui a par ailleurs indiqué que l’UA ne voulait pas interférer dans le processus. « Nous ne voulons pas interférer. Le peuple burkinabè a assez de ressources et d’intelligence pour qu’il puisse lui-même trouver les personnes qui doivent conduire cette transition », a-t-il expliqué. 

L’UA a également annoncé avoir nommé comme envoyé spécial au Burkina Faso l’ancien Premier ministre togolais, Edem Kodjo. Sa première tâche sera donc de s’assurer que le transfert de pouvoir des militaires vers les civils se déroule sans encombre.