Afrique du Sud: le syndicat de la métallurgie Numsa exclu de la Cosatu

Le secrétaire général du puissant syndicat sud-africain des métallurgistes (Numsa), Irvin Jim, à Durban, le 1er juillet 2014, le premier jour de la grève pour obtenir de meilleurs salaires
© AFP PHOTO/RAJESH JANTILAL

Le puissant syndicat sud-africain des métallurgistes Numsa a été exclu de la centrale syndicale Cosatu. Cette exclusion marque une rupture entre l’ANC, le parti au pouvoir, et le syndicat Numsa. Ces derniers pourraient lancer rapidement une formation politique.

C’est la fin d’un long feuilleton qui a animé le paysage syndical sud-africain pendant plusieurs mois. « Le Numsa a été exclu du Cosatu » a confirmé Irvin Jim, le patron de l’union des métallurgistes dans un SMS laconique. Tôt samedi matin, la centrale syndicale affiliée à l’ANC a voté : par 33 voix contre 24, le comité exécutif central du Cosatu a décidé d’exclure le Numsa.

Cette décision n’est pas vraiment une surprise. Dès jeudi Numsa avait saisi le tribunal de Johannesburg pour contester la légalité d’une expulsion éventuelle. Et depuis plusieurs mois le désamour grandit entre le syndicat et le gouvernement. L'an dernier le syndicat Numsa avait annoncé qu’il ne soutiendrait pas l’ANC pour les élections générales du mois de mai. En juillet, les métallurgistes avaient ensuite arrêté le travail pendant un mois, menaçant sérieusement la croissance déjà timide de l’Afrique du Sud.

Le syndicat avait aussi dénoncé la dérive néolibérale de l’ANC avant d’annoncer fin octobre la création d’une structure politique, le Front Uni. Cette formation pourrait devenir un sérieux concurrent à gauche de l’ANC. Fort de ses 340 000 adhérents, Numsa est l’une des unions les plus puissantes d’Afrique du Sud.

L’ANC n’a pas tardé à réagir à la nouvelle. Le porte-parole du parti au pouvoir, Zizi Kodwa a regretté un « développement tragique ». La stabilité et l’unité de la centrale syndicale affiliée à l’ANC se trouve en effet menacée par le départ de Numsa. Depuis le mois d’avril, sous la houlette du vice-président Cyril Ramaphosa, le parti majoritaire avait pourtant tenté toutes les médiations pour éviter une telle issue.

D’autres partis radicaux ont également réagi. Le trésorier du Front démocratique de Gauche a parlé d’un triste jour et a estimé que la Cosatu allait devenir une tiède institution bureaucratique.

Le Parti communiste a en revanche réaffirmé son soutien total à la centrale syndicale,dans un communiqué. Parmi les principaux intéressés, le porte-parole du Cosatu a simplement annoncé que l’union devait « digérer » la nouvelle.

Jeudi, le patron de Numsa avait anticipé cette décision. Irvin Jim avait estimé qu’il s’agissait d’un règlement de comptes politique. « Le Cosatu veut nous expulser, car nous nous sommes élevés contre la corruption et la faillite politique de l’ANC », avait-il affirmé.

La Cosatu regroupe de son côté 21 syndicats et forme avec l’ANC et le Parti communiste sud-africain une alliance de gouvernement tripartite. Avec le départ de Numsa, l’avenir de la centrale syndicale semble plus que jamais fragilisé.