RCA: les diamants de la guerre circulent toujours

Des mineurs centrafricains à la recherche de diamants en juillet 2012.
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En Centrafrique, les autorités ont les yeux tournés vers la Chine. La ville de Guangzhou accueille à partir de ce lundi 10 novembre, jusqu’à vendredi, la réunion plénière du processus de Kimberley, qui vise à mettre un terme au commerce des « diamants de sang ». La RCA a été suspendue de ce mécanisme en mai 2013, ce qui a bloqué les exportations légales de diamants centrafricains. Les autorités veulent demander la levée, au moins partielle, de cet embargo. Car s'il pèse lourdement sur les recettes fiscales du pays, il n'a pas réussi à mettre fin au trafic de pierres centrafricaines.

La suspension de la Centrafrique du processus de Kimberley n'a pas permis de stopper la circulation des diamants de la guerre. L'économie des pierres précieuses est simplement devenue souterraine et le trafic illégal vers les pays voisins a explosé. Dans le rapport qu'il vient de publier, le panel d'experts de l'ONU estime que 140 000 carats ont réussi à sortir illégalement du pays depuis mai 2013. Soit l'équivalent de 24 millions de dollars américains.

Les collecteurs interrogés par les experts à Berbérati et à Bangui ont admis que la plupart des diamants produits dans l'ouest de la RCA, près de la frontière camerounaise, passaient illégalement au Cameroun via des localités comme Gamboula et Gbiti. Dans son rapport, le panel cite également le cas d'un lot de diamants bruts saisis à Anvers, en Belgique. Certaines des pierres venaient de Bria et de Sam-Ouandja, des zones de l'est de la Centrafrique placées sous le contrôle de l'ex-Seleka.

Selon les experts, les achats de diamants par une société centrafricaine, Badica, ont fourni « une source de revenus durable à l'ex-Seleka, en violation du régime des sanctions imposées par l'ONU ». Les anti-balakas, eux, sont de plus en plus présents dans le commerce des diamants le long de l'axe Boda-Carnot. C'est même un de leurs chefs locaux, « Mama Drogba », qui fournit certains collecteurs dans la localité de Sasele.

Le processus de Kimberley discuté

La suspension de l'exportation de diamants pose surtout un problème économique, selon Dominique Youane, secrétaire permament du processus de Kimberley pour la RCA : « Le diamant est la première source d’exportation du pays : 40% des recettes d’exportation, avant le bois, rappelle-t-il. A l’époque, la Trésorerie attendait seulement les exportations de diamants pour déclencher le paiement des salaires. L’année où le secteur du diamant n’a pas été perturbé, la toute dernière année, c’est 2012. Il a insufflé plus de 4 milliards de francs CFA de recettes, et aujourd’hui cette exportation est suspendue et l'Etat n'a plus cette recette. »

Mais pour Thierry Vircoulon, responsable pour la RCA dans l'organisation ICG (International Crisis Group), l'exportation des diamants ne ferait qu'enrichir les groupes armés : « Ce n’est pas en partageant les bénéfices du commerce des diamants entre les " seigneurs de guerre " et l’Etat centrafricain qu’on va stabiliser l’économie. La reprise du commerce va favoriser les " seigneurs de guerre " qui tiennent les zones de production de diamants, et donc c’est plutôt eux qui vont devenir riches que les communautés de pauvres creuseurs qui vivent avec moins d’un dollar depuis des décennies. Il est assez intéressant de noter que le problème n’est pas de faire violence à la réglementation du processus de Kimberley. Ce qui est important, c’est de lutter contre la contrebande de diamants par les groupes armés qui a lieu actuellement. »