RCA: l’Etat à la recherche des profiteurs du système Bozizé

François Bozizé, président déchu de la République centrafricaine.
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L'avocat français William Bourdon a déposé, mercredi 12 novembre, une plainte au nom de l'Etat centrafricain devant le parquet national financier, à Paris. Cette plainte vise François Bozizé, son clan et ceux qui ont pu profiter de son système. Cette démarche des autorités centrafricaines relance l'affaire Uramin dans laquelle le député-maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany, est cité.

La plainte qui vient d’être déposée devant le parquet national financier, au nom de l’Etat centrafricain, vise le clan Bozizé ainsi que ceux qui ont pu profiter de son système.

« Le sens de cette plainte c’est, premièrement, l’inventaire du patrimoine immobilier et mobilier qui aurait été acquis dans des conditions frauduleuses par le clan Bozizé, certains de leurs complices et certains de leurs proches, et c’est aussi un certain nombre d’opérations "commerciales" à l’occasion desquelles les commissions auraient été versées de façon illicite et auraient participé de l’enrichissement d’un certain nombre de citoyens français et, parmi ceux-là, monsieur Balkany », a expliqué maître William Boudon, l’avocat mandaté par les autorités centrafricaines.

L'affaire commence en juin 2007 quand le géant nucléaire français Areva annonce avoir conclu un accord avec la société Uramin pour une offre publique d’achat (OPA) amicale.

La junior, qui est immatriculée à Tortola aux îles Vierges britanniques, est valorisée aux prix fort, à savoir 2,5 milliards de dollars. Pour justifier son achat, Areva explique qu'Uramin est parvenue à « identifier d’importants gisements en uranium sur le continent africain » parmi lesquels le gisement de Bakouma, en Centrafrique. Mais l'opération déplaît au président centrafricain François Bozizé, qui multiplie les obstacles sur la route du nouvel acheteur.

Pour tenter de débloquer la situation, les responsables d'Areva font donc appel à des intermédiaires qui pourront ramener le chef d'Etat centrafricain à de meilleures dispositions, comme le député-maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany, décrit comme un « ami personnel du président Bozizé » ou encore l'homme d'affaires belge, Georges Forrest, qui était, à l'époque, consul de France à Lubumbashi, en République démocratique du Congo.

Le vendredi 1er août 2008, un accord est signé avec le gouvernement centrafricain. Il est censé solder le contentieux. Les dirigeants d'Areva assurent dans un mail interne publié par le site bakchich.info que ceux qui ont permis sa conclusion n'ont pas été rémunérés.

Les actuels responsables de l'Etat centrafricain n'en sont apparemment pas convaincus. « Pour la première fois, un Etat demande à la justice d'un autre Etat d'enquêter sur des ressources publiques qui auraient été versées dans des conditions frauduleuses à des acteurs étrangers », a précisé maître William Bourdon, l'avocat mandaté par les autorités de Bangui.