«Debout-Payé», Gauz raconte la vie d’un vigile

Gauz, né en 1971 à Abidjan, est l'auteur du roman «Debout-Payé», publié aux éditions Le Nouvel Attila.
© Editions Le Nouvel Attila

L'écrivain ivoirien Gauz, de son vrai nom Armand Patrick Gbaka-Brédé, vient de publier un premier roman très réussi intitulé « Debout-Payé » sur ceux qui sont payés pour rester debout toute la journée : les vigiles, ces agents de sécurité qui surveillent un endroit, que ce soit un entrepôt, une société ou un grand magasin. C'est l'un des petits boulots que Gauz avait exercés à Paris après son arrivée de la Côte d’Ivoire. Un coup de cœur littéraire.

RFI : En quoi cette activité de vigile vous a-t-elle paru pertinente pour faire cette radiographie de la société française ?

Gauz : C’est une position idéale parce que c’est une position de gens invisibles. Il y a deux facteurs qui font que le vigile est invisible. D’abord parce que le métier de vigile en lui-même est assez déconsidéré. C’est un métier symbolique. C’est un métier où le vigile lui-même n’a aucune prérogative ni policière, ni coercitive. Il a un poste symbolique, il est là pour dire aux gens ‘ayez peur parce que si vous volez, moi je vais vous attraper et appeler la police’. Le vigile c’est un simple délateur, un épouvantail. Donc, d’abord, il y a cette position-là. Ensuite au-delà de ça, il y a le fait qu’il soit noir. C’est une double faute, double peine, encore plus invisible : toutes ces masses de consommateurs qui s’empilent dans les boutiques à longueur de journée ne voient pas cet être-là, qui est à la fois vigile et en plus noir. Du coup, la position de l’invisible est idéale pour regarder la société, idéale pour scruter les travers des gens.

C’est une expérience que vous avez connue, néanmoins, c’est un vrai roman que vous nous proposez. Il met en scène deux jeunes hommes d’aujourd’hui, Ossiri et Kassoum, deux Ivoiriens sans-papiers à Paris, qui pour survivre deviennent vigile. Mais il y a aussi deux aînés, André et Ferdinand, qui étaient déjà vigiles dans les années 60 et 80. Comme s’il y avait une transmission de cette activité de génération en génération d’exilés.

J’aime bien l’expression « comme s’il y avait une transmission ». Effectivement, il y a transmission, mais c’est une transmission de fait. Ce n’est pas une transmission voulue. L’idée de départ, c’était de mettre ces petites histoires que le vigile voit dans les magasins. Je ne pouvais que les inscrire dans la grande histoire, la grande histoire de l’immigration africaine en France. Donc j’ai pris deux pôles très opposés pour montrer comment l’immigration évoluait en France.

Les anciens Ferdinand et André représentent la génération des années 60-70. Il y a ceux qui venaient en France à la recherche du savoir et ceux qui venaient en France parfaire leurs études ou leurs connaissances. D’ailleurs, ceux-là sont revenus en Afrique pour la plupart. Certains sont restés, comme Ferdinand. Ceux-là, je les oppose à la génération actuelle, ceux qui abandonnent le navire à cause de sa misère, à cause des difficultés, ceux qui viennent se chercher en France, ceux qui viennent accomplir un destin personnel en France. J’ai mis ces deux pôles opposés pour pouvoir justement retracer cette histoire de l’immigration.

Pour revenir sur la transmission...

Les anciens ont essaimé sur leur chemin. Par exemple, ce Ferdinand qui est venu dans les années 1960 et qui n’est pas parti, il fait partie d’une génération d’Ivoiriens qui ont fini, dans les années 1990, à avoir un peu leur petite société de sécurité. Ce qui a créé un réseau. C’est en cela qu’il y a transmission. Donc quand tu es Ivoirien et que tu viens en France, que tu ne sais pas trop quoi faire, tu as toujours un tonton, une tante, un cousin ou un pote, qui est déjà dans le milieu de la sécurité de vigile : ADS (agent de sécurité), Zagoli, Debout-Payé, c’est la même chose. Donc tu te tournes de façon naturelle vers ton réseau.

►Vous pouvez écouter l'intégralité de cette rencontre avec Gauz dans l'émission « Littérature Sans Frontière » de Catherine Fruchon-Toussaint ce dimanche 16 novembre sur RFI à 13H40 et 19H40 sur l’antenne Paris-Monde et 14H10 et 20H40 sur l’antenne Afrique.

►Gauz : Debout-Payé, éditions Le Nouvel Attila, 192 pages, 17 euros.

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