Un dollar pour trois mois de contraception, l'Afrique première servie

Le Sayana Press de Pfizer, un contraceptif injectable, est disponible pour la première fois au Bukina Faso depuis juillet 2014.
© Pfizer/PATH

Simple, pas chère et efficace, c’est ainsi qu’est présentée la nouvelle contraception bientôt disponible dans plusieurs dizaines de pays défavorisés. Vendue à un dollar, elle se présente sous la forme d’une injection à usage unique et son action contraceptive se prolonge sur une période de 13 semaines.

Cette nouvelle forme de contraceptif devrait convenir aux femmes qui ne veulent ou ne peuvent pas prendre une pilule chaque jour. A toutes celles aussi qui en ont assez de trembler chaque mois parce qu’elles sont un brin oublieuses… Présenté dans une miniseringue à usage unique, le contraceptif appelé Sayana Press a été mis au point par les laboratoires Pfizer avec l’appui de la Fondation Gates et le Children’s Investment Fund Foundation. 

Les premiers essais menés au Burkina Faso depuis juillet avec 75 000 doses ont confirmé l’intérêt du nouveau dispositif. Quelque 2 500 agents de santé ont ainsi été formés à son utilisation et près de 6 000 femmes ont d’ores et déjà choisi Sayana Press, pour plus du quart d’entre elles il s’agit de la première utilisation d’une contraception moderne. Dans un deuxième temps, ce sont 250 000 doses qui seront mises à disposition avec, espèrent les autorités sanitaires, le quart des femmes mariées qui pourront y avoir accès d’ici l’an prochain.
 
Grande facilité d’utilisation
 
La molécule utilisée, l'acétate de médroxyprogestérone est un dérivé de la progestérone, une hormone naturelle. Elle a été synthétisée en 1954 et depuis 1960, plusieurs dizaines de millions de femmes l’ont utilisée dans une centaine de pays. La nouveauté présentée par Pfizer réside essentiellement dans un dosage moindre et dans le mode d’injection.
 

De nombreuses femmes ne peuvent ou ne veulent pas prendre la pilule.

Alors que le Depo-Provera (nom commercial de l'acétate de médroxyprogestérone chez Pfizer) classique nécessitait d’être injecté dans le muscle, le Sayana Press avec son aiguille courte et ultra fine se contente d’une injection sous-cutanée.
 
L’abdomen, le haut de la cuisse ou du bras conviennent parfaitement et les femmes ont apprécié le fait que la piqûre soit moins douloureuse que pour une intramusculaire. Prêt à l’usage, sans manipulation compliquée, il sera administré par des agents de santé lors des essais en Ouganda, au Sénégal et au Niger.  
 
Passée cette période d’apprentissage, les promoteurs du Sayana Press sont persuadés que les femmes pourront elles-mêmes procéder aux injections, si elles le souhaitent, moyennant un minimum de formation accessible à toutes, un peu comme pour l’insuline, explique un médecin. Mais pour le moment, l’auto-injection n’est pas encore au programme.
 
Une méthode discrète
 
Quant aux effets secondaires potentiels du Sayana Press, ils sont les mêmes que ceux du Depo-Provera. Le fabricant Pfizer, a relevé notamment la possibilité de perte de densité osseuse. Des saignements ont aussi été signalés, mais ils ne signent pas une perte d’efficacité de la méthode. Enfin, des utilisatrices ont mentionné des variations de poids, en plus ou en moins, la première année d’utilisation.   
 
De plus, le fait qu’il n’ait pas besoin d’être conservé au froid le rend d’autant plus accessible aux endroits les plus reculés. Autre avantage, son prix qui devait tourner autour de 1 dollar pour les structures de santé qui le distribueront ensuite aux femmes soit gratuitement, soit à un prix très modique. Le côté pratique et discret du Sayana Press devrait aussi rassurer les femmes, plus nombreuses qu’on ne le croit notamment en Afrique, qui préfèrent que leur mari ignore qu’elles prennent une contraception.  
 
Selon les estimations de la Fondation Bill et Melinda Gates, environ 225 millions femmes dans le monde voudraient retarder ou empêcher une grossesse, mais elles n’ont pas accès à la contraception. L’arrivée du Sayana Press programmée dans les 69 pays* les plus pauvres du monde devrait correspondre à l’attente de beaucoup d’entre elles. A l’horizon 2020, plus de 120 millions de ces femmes pourront accéder à des services de planification familiale volontaire.

8,4 millions de femmes
 
Pour ne citer que l’Afrique, la proportion de femmes sous contraception a doublé en deux décennies pour atteindre 26 %. Mais la situation varie énormément comme toujours selon qu’on vit en milieu urbain ou rural, qu’on soit riche ou pauvre, éduquée ou pas. Ainsi l’Afrique du Nord culmine avec 60 % des femmes sous contraception loin devant l’Afrique de l’Ouest avec un petit 13 %.
 
Un récent rapport du Family Planning 2020 (FP2020) soulignait que le nombre de femmes ayant accès à une contraception efficace dans les 69 pays les moins avancés a augmenté de 8,4 millions ces deux dernières années. « Élargir l’accès à la planification familiale a aidé à éviter 77 millions de grossesses non désirées contre 75 millions en 2012, 125 000 décès de mères contre 120 000 en 2012, et 24 millions d’avortements à risque, contre 23 millions en 2012 », se félicite FP2020. Ce partenariat mondial soutient le droit des femmes et des jeunes filles à décider librement si, quand et combien d’enfants elles souhaitent avoir.
 

*En Afrique, en Asie, en Amérique latine et en Europe de l’Est.