Le Nigeria met fin à la formation militaire américaine

Un exercice conjoint entre l'armée nigériane et américaine à Lagos, le 18 octobre 2013.
© AFP PHOTO/ PIUS UTOMI EKPEI

Les relations diplomatiques se sont tendues entre le Nigeria et les Etats-Unis. Dernier épisode d’un accroissement des tensions dans les relations entre les deux pays : le Nigeria a mis fin à la formation par les Etats-Unis d’un bataillon de l’armée nigériane pour lutter contre le groupe islamiste Boko Haram. Cette coopération avait été initiée suite à l'amplification des attaques islamistes et l'enlèvement des jeunes filles de Chibok en avril dernier.

A la demande d’Abuja, les Etats-Unis cessent tout entraînement d’un bataillon de l’armée nigériane. C’est en somme ce qu’a indiqué un communiqué de l’ambassade américaine rendu public lundi 1er décembre au soir, mettant un terme à une collaboration militaire d’à peine six mois.

Deux premières sessions de formations avaient été achevées entre avril et août dernier. Une troisième devait permettre à l’armée nigériane d’acquérir les capacités pour combattre Boko Haram. Sauf que la tension n’a cessé de croître de part et d’autre. Le mois dernier, l’ambassadeur nigérian à Washington avait déclaré que son gouvernement jugeait insuffisante l’aide américaine apportée à son pays. Il avait notamment fustigé le refus des Etats-Unis de vendre des armes et différents équipements militaires. Irrité, le département américain avait alors fait part de ses inquiétudes sur les fréquentes exactions des soldats nigérians et sur la capacité de l’armée à protéger les civils.

Dans les faits, les Etats-Unis reprocheraient surtout au Nigeria le niveau élevé de corruption au sein de l’armée. Malgré les quelque 4,9 milliards d’euros alloués à la Défense, soit 20 % du budget de l’Etat, les forces de l’ordre font en effet piètre figure. Mal équipés, peu payés, les soldats refusent d’aller au combat ou fuient devant les attaques des insurgés. Mais les caisses de l’armée ne peuvent être auditées, car soumises au secret défense.

Une décision qui a de quoi surprendre

L’ambassade des États-Unis dit regretter la résiliation prématurée de cet entraînement militaire. Cette décision d'Abuja a de quoi surprendre. Elle intervient alors que Boko Haram frappe au cœur des grandes villes du Nigeria dans une relative impunité.

Washington avait choisi de former des soldats vierges de toute opération sur le terrain, afin d'être en conformité avec la loi américaine. L'amendement Leahy proscrit en effet les formations à des unités potentiellement coupables d'abus. Washington a indiqué à plusieurs reprises que l'absence d'enquêtes sur les abus perpétrés au Nigeria limitait le niveau de coopération des États-Unis. Ainsi Washington ne partage pas de renseignements bruts avec le Nigeria. Les États-Unis restreignent aussi leur aide à du matériel non létal, principalement des équipements de transport, de communication et de protection.

Les autres volets de la coopération militaire sont maintenus, y compris un nouveau programme annoncé à Washington au mois d'août par le président Obama à l'issue du sommet États-Unis-Afrique. Il vise à dispenser des conseils aux forces de sécurité pour ne pas s'aliéner les populations locales lors de leurs interventions. C'est l'un des défauts majeurs des forces armées nigérianes dans le nord du pays.