Ahmed al-Tilemsi: portrait d’un «des principaux financiers du Mujao»

Un combattant du Mujao monte la garde près de l'aéroport de Gao.
© AFP PHOTO / ROMARIC OLLO HIEN

Correspondant Sahel pour la « Tribune de Genève » et « Sud-Ouest », Lemine ould Salem est spécialiste des jihadistes sahéliens, auteur du livre Le ben Laden du Sahara, sur les traces du jihadiste Mokhtar Belmokhtar. Il est l'un des rares journalistes à s'être rendu dans le nord du Mali occupé par les jihadistes en 2012, il dresse au micro de David Thomson le portrait de Ahmed al-Tilemsi, ce jihadiste autrefois membre du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) puis d’al-Mourabitoune que l'armée française annonce avoir tué.

RFI : Qui était Ahmed al-Tilemsi que l'armée française annonce avoir tué ?

Lemine ould Salem : C'était un Arabe malien originaire de la région de Gao et, comme son nom l'indique, du désert de Tilemsi, légèrement au nord-est de Gao. Il y a encore quelques années, il n'était pas jihadiste, c'était plutôt un commerçant impliqué dans le trafic de drogue. Il avait même la réputation d'être l'un des plus grands trafiquants de drogue dans la région de Gao. Avant la dernière rébellion dans le nord du Mali, il faisait partie d'une milice progouvernementale malienne proche des deux officiers arabe et touareg maliens loyalistes, le colonel ould Meydou et le colonel el Hadj Gamou. Ahmed al-Tilemsi n'était pas connu comme étant un partisan du jihad à cette époque, mais comme beaucoup d'hommes d'affaires et de commerçants installés dans le nord du Mali, quand les grandes villes ont été envahies par les jihadistes en 2012, beaucoup d'entre eux, souvent pour protéger leurs affaires, pour des motifs liés à des conflits plus personnels et tribaux ou encore par opposition au MNLA, ont rallié, soit Aqmi dans la région de Tombouctou, soit le Mujao dans la région de Gao. Donc si Ahmed al-Tilemsi a rejoint les jihadistes cela ne date pas d'avant l'invasion des villes du nord du Mali, c'était plutôt lorsque le Mujao est entré dans la ville de Gao pour protéger ses affaires et à mon avis pour régler un vieux contentieux tribal entre son clan des Lamhar proche du Mujao et les Kountas, plutôt proches du MNLA.

Aujourd'hui quelle était sa fonction dans la nébuleuse jihadiste sahélienne ?

Il a fini par devenir une personnalité importante au sein du Mujao puis des enturbannés qui finiront par donner le groupe al-Mourabitoune. Pas en tant que chef politique ou opérationnel, mais comme financier. Tout le monde sait qu'à Gao, le Mujao, contrairement à Aqmi, bénéficiait beaucoup de contributions financières d'anciens trafiquants et d'anciens commerçants qui les avaient ralliés. C'était le cas de Ahmed al-Telemsi qui était l'un des principaux financiers du Mujao. Et à ce titre bien sûr, il a fini par avoir du poids. Mais il n'était ni chef, ni émir, ni commandant. C'était une figure influente du groupe sans pour autant être un leader.

Etait-il proche de Mokhtar Belmokhtar?

Il était plutôt proche du Mujao. Mais le Mujao avait scellé une alliance avec le groupe de Belmokhtar après sa rupture avec Aqmi. En 2012, les deux groupes contrôlaient ensemble la ville de Gao, ce qui signifie qu'Ahmed al-Telemsi était aussi proche du Mujao que du groupe de Belmokhtar. Il faisait partie du conseil des notables, une sorte de « majless shura », de conseil consultatif, entre le groupe de Belmokhtar et le Mujao, mais sa fonction principale était d'être le principal financier des jihadistes de Gao.

L'armée française le présente pourtant comme un leader, comme le chef des opérations intérieures pour le Mali d'al-Mourabitoune.

Les Français sont peut-être mal informés, mais je pense qu'ils cherchent plutôt à donner de l'importance à leurs actes comme à chaque fois qu'ils réalisent une action ciblant un groupe ou un combattant jihadiste ces derniers mois. C'est une communication de guerre très classique, on n'a jamais vu une armée se glorifier d'avoir neutralisé un second couteau.

Pour autant, Ahmed al-Telemsi est considéré comme l'organisateur de l'enlèvement de Gilberto Rodriguez Léal ?

Effectivement, Ahmed al-Tilemsi était tout comme son compère Sultan ould Badi, un autre Arabe malien originaire de Gao, très souvent impliqué dans ces histoires d'otages. Et en particulier, Ahmed al-Tilemsi était l'un des commanditaires du rapt du Franco-Portugais Gilberto Rodriguez Léal qui avait été enlevé dans la région de Kayes au Mali et dont on n'a plus de nouvelles aujourd'hui.