Rwanda: embarras aux Nations unies après le départ du général Kazura

Général Jean-Bosco Kazura. Il commande les Casques bleus présents au Mali, interviewé par RFI, le mercredi 3 septembre 2014.
© David Baché / RFI

Le contrat du général rwandais, Jean Bosco Kazura, qui a dirigé les troupes de la Minusma, au Mali, pendant un an et demi, n’a pas été renouvelé. Son travail avait pourtant encore été salué, cette semaine sur RFI, par Hervé Ladsous, le patron des opérations de maintien de la paix. En décembre 2013, la journaliste canadienne, Judi Rever, l’avait accusé de crimes de guerre au Rwanda, en 1994, alors qu’il était officier supérieur de l’Armée patriotique rwandaise (APR) du président Paul Kagame. Jusqu’à présent, les Nations unies avaient gardé le silence sur ces allégations mais depuis le départ du général Kazura, les langues se délient. Le département des opérations de maintien de la paix déclare avoir multiplié les échanges sur le sujet.

« Le départ du général Kazura n’a rien à voir avec les allégations de la journaliste canadienne », assure le département des opérations de maintien de la paix. Le contrat du force commander de la Minusma n’a simplement pas été renouvelé.

Cependant, pour vérifier les accusations contenues dans l’article de Judi Rever, New York dit officiellement, aujourd’hui, avoir consulté - entre autres - le Haut commissariat aux droits de l’homme et le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). Aucune de ces deux organisations ne se serait formellement opposée à la nomination ou au maintien du général Kazura à la tête de troupes onusiennes.

Ce n’est pas pourtant pas ce que dit le Haut commissariat aux droits de l’homme. Ce dernier affirme avoir fait part de ses inquiétudes, à deux reprises, en 2013, avant même la nomination du général Kazura. Ces réticences étaient liées à des allégations d’exploitation illégale des ressources naturelles au Congo et à des violations des droits de l’homme qui y sont associées. Sans plus de précisions. Le département des opérations de maintien de la paix aurait donc passé outre.

En revanche, le Haut commissariat explique qu’il n’a pas été en mesure - sur la base de ses archives propres - de confirmer les accusations de la journaliste canadienne. A noter que ni Judi Rever, ni aucun de ses témoins n’ont jamais été contactés par l’ONU.

Le Haut commissariat aux droits de l’homme a été créé en 1993 et n’était qu’une toute jeune organisation en 1994. La journaliste canadienne avait donc recommandé au département des opérations de maintien de la paix de consulter le TPIR. Ce tribunal onusien avait pour mandat de juger les crimes de génocide mais aussi les crimes de guerre, commis en 1994, et notamment ceux dont était soupçonné l’APR du président rwandais, Paul Kagame. Le TPIR ferme ses portes cette année sans jamais avoir respecté la seconde partie de son mandat.