Le Mozambique, quatrième pays d’Afrique à dépénaliser l’avortement

A quelques semaines de la fin de son mandat, le président mozambicain Armando Gueubuza a promulgué une loi de révision du code pénal qui lève certaines interdictions concernant l'avortement.
© Reuters / Grant Lee Neuenburg

Le président Armando Gueubuza a promulgué jeudi soir une loi de révision du Code pénal qui lève certaines interdictions concernant l'avortement, considéré jusqu'alors comme un crime. Cette dépénalisation de l'avortement sous certaines conditions est une étape essentielle vers la possibilité pour les femmes mozambicaines de mettre fin volontairement à des grossesses non désirées. Le Mozambique devient ainsi le quatrième pays d'Afrique à dépénaliser l'avortement avec l'Afrique du Sud, la Tunisie et le Cap-Vert. Tour d’horizon.

La plupart des pays africains ont hérité des lois coloniales très restrictives en matière d'interdiction de l'avortement. Ainsi, chaque année, 4 à 5 millions de femmes africaines avortent clandestinement, souvent dans des conditions sanitaires déplorables et dangereuses.

Le taux d'avortement moyen pour l'Afrique chez les femmes de 15-44 ans, est estimé à 29 pour 1 000, 22 pour 1 000 en Afrique du Nord, 39 pour 1 000 en Afrique de l'Est, selon l'Union suisse pour décriminaliser l'avortement (USPDA) qui lutte pour le droit à une maternité librement choisie. Les décès suite aux complications sont estimés à 30 000 par an. En Ethiopie, par exemple l'avortement illégal est la première cause des hospitalisations chez les femmes et l'OMS estime que le 70 % des femmes hospitalisées pour cette raison décèdent.

Au Nigeria, le nombre d'avortements est estimé à plus de 600 000 par an malgré une loi extrêmement restrictive. Le taux d'avortement est de 25 pour 1 000 femmes de 15 à 44 ans, et 60 % de ces interventions sont faites par des non-professionnels ou par la femme elle-même.

Des législations plus permissives existent au Bénin, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Malawi ou encore Mali, si cela permet de sauver la vie de la femme. Au Burkina Faso, par exemple, la loi autorise l’avortement à certaines conditions, en cas de viol, d’inceste, de malformation fœtale, ou si la femme est dans des conditions de santé qui ne lui permettent pas de mener à terme sa grossesse, mais cette législation est peu connue et la tendance reste à recourir à une procédure clandestine, l'avortement demeurant tabou.

Désormais au Mozambique donc, les femmes auront le droit d'avorter dans les douze premières semaines de grossesse, seize en cas de viol ou d’inceste, avec le consentement écrit de la mère et de deux médecins. D'après le nouveau Code pénal, les interruptions volontaires de grossesses devront être assurées par des médecins habilités, dans des établissements de santés officiellement reconnus. Une victoire pour Ligia Anjos de l'ONG Forum Femmes.

Ce que l'on souhaite, c'est que les femmes soient informées de ce droit. Maintenant il revient à l'Etat de fournir les services et les conditions logistiques nécessaires.
Ligia Anjos
20-12-2014 - Par Miguel Martins