Gabon: les leaders d’opposition réclament une commission d'enquête

Jean Ping est l'un des leaders de l'opposition gabonaise convoqués par la police ce mercredi 24 décembre.
© AFP/Olivier Morin

Ce fut une journée particulière au Gabon. Les leaders de l’opposition, qui avaient organisé un meeting le 20 décembre dernier malgré l'interdiction, ont été convoqués par la police, mercredi 24 décembre, sans que le motif ne leur soit précisé. Après avoir refusé, dans un premier temps, d'y répondre, ils se sont finalement présentés nombreux et ont rapidement été relâchés.

Le pas alerte, tous les dirigeants du Front uni de l’opposition gabonaise se sont engouffrés dans les locaux de la police judiciaire ce mercredi à Libreville. Même ceux qui n'étaient pas convoqués sont venus par solidarité. Jean Ping, Zacharie Myboto, Jean Eyeghe Ndong, Luc Bengone Nsi, Paulette Missambo, Pierre Amoughe Mba et tous les autres avaient élaboré un scénario pour transformer cette convocation en opération de communication.

9 heures : réunion au siège du parti. 9h45 : départ pour la police judiciaire au centre-ville. Là, ils se sont garés et ont marché sur 100 mètres ; une très belle image qui a mobilisé les curieux. Puis, dans les locaux de la PJ, accompagnés de leur avocat, les leaders ont joué la carte de la solidarité. Ils ont tous refusé de répondre aux questions. Au contraire, ils ont demandé à être conduits devant un procureur. « Il faut qu’ils nous arrêtent tous et nous enferment en prison », ont-ils répété aux enquêteurs. Dépassés, ces derniers ont décidé de les libérer.

Dans un communiqué, qu’ils ont publié après cet épisode, les cadres de l'opposition ont exigé une commission d’enquête internationale pour établir les responsabilités sur les violences qui ont émaillé la manifestation du 20 décembre, dont le bilan officiel est d’un mort et une centaine d’arrestations. Les autorités avaient interdit cette manifestation, et l'ont finalement dispersée. Les cadres de l'opposition demandent la démission du président Ali Bongo. Le porte-parole de ce dernier, Alain Claude Bilie By Nze, a dénoncé des « appels irresponsables ».


■ DÉCLARATIONS

François Ondo Edou, porte-parole des leaders de l'opposition :

« Ayant été invités à se présenter dès réception des convocations, sans précision aucune sur l’objet, les responsables du Front ont tenu à exprimer d’entrée le refus de coopérer à une procédure qui préfigurait clairement la justice expéditive et le procès sommaire. Déterminés à faire toute la lumière sur ces malheureux évènements, au nombre desquels l'assassinat d’un étudiant - avec une version mensongère du gouvernement sur les faits réels -, et tous les autres décès signalés par des observateurs mais que le pouvoir tente d’occulter, le Front appelle une fois encore à la mise en place d’une commission d’enquête indépendante sous l’égide de l’Organisation des Nations unies. Le Front exige la libération immédiate de tous les détenus politiques pris sans ménagement lors de la violente répression du 20 décembre 2014. »

Alain Claude Billie By Nze, porte-parole de la République gabonaise :

« Ces gens ont appelé à une manifestation. Le gouvernement a interdit la manifestation. Donc, vous avez des gens qui enfreignent délibérément une interdiction conforme à la loi. Ils violent le principe même de la démocratie et de l’Etat de droit, délibérément. La justice a donc décidé de les entendre. Vous voulez que l’Etat gabonais ne parvienne pas à protéger sa population et ses institutions face aux gens qui prônent la haine et la violence sous prétexte de contradictions politiques ? L’opposition vous annonce six morts, et c’est repris en boucle, " six morts ", sans se demander quels sont les noms et où sont les cadavres. Vous les avez vus ? On vous les a présentés ? Non. Ils ont demandé une enquête ; mais que l’enquête soit ouverte ! »