Nigeria: Boko Haram s'empare d'une base militaire sur les rives du lac Tchad

Des soldats nigérians dans les rues de Baga, dans l'Etat de Borno, en avril 2013.
© AFP PHOTO / PIUS UTOMI EKPEI

Boko Haram a pris le contrôle samedi matin de la base militaire de la force multinationale de Baga, à quelques kilomètres du lac Tchad. Les troupes nigérianes seules sur le site ont pris la fuite.

Après avoir pris le contrôle de la base de Baga, la secte islamiste s'est ensuite attaqué à plusieurs villages des environs dans un rayon d'une quinzaine de kilomètres, comme l'explique le sénateur de l'Etat du Borno Nord, Maina Ma'aji Lawan, joint par RFI :

« Les éléments de Boko Haram ont attaqué la base de la force multinationale à Baga hier matin [samedi]. Et à la fin de la journée, ils en avaient le contrôle, car nos troupes avaient évacué les lieux. Ils ont ensuite pris la direction de la ville de Baga qu'ils ont saccagé, puis ils sont allés à Doron Baga, ils l'ont saccagé aussi.

Puis à Bundaram... Là aussi, ils ont pillé l'endroit, etc. Concrètement, ce sont tous les villages des environs qu'ils ont attaqués après avoir pris le contrôle de la base. Les villageois comme les militaires ont fui. Et dans toute la région, à l'heure où nous parlons, c'est le chaos total. Parce que les gens ne savent plus dans quelle direction fuir ni vers qui se tourner pour être protégés.

C'est vraiment un coup dur pour toutes les autres villes qui ne sont pas encore tombées dans la région. Cela va ébranler non seulement le moral des populations civiles, mais aussi toute l'architecture des forces de défense. D'un point de vue stratégique, il n'y a plus d'autres objectifs importants pour Boko Haram. Parce que depuis Baga, vous n'avez qu'à étendre le bras et vous êtes au Niger, vous faites un pas dans une autre direction et vous êtes au Tchad. Et vous êtes aussi à deux pas du Cameroun. C'est pourquoi ils avaient décidé de localiser la base de la force multinationale régionale dans cette ville.

Des troupes de la région étaient basées là depuis longtemps. Depuis les années 1980, alors qu'on était en plein conflit au Tchad, il y avait dans cette ville une force qui était le précurseur de celle que l'on connait aujourd'hui. C'est vraiment désespérant. A l'heure actuelle, de tous ces villages, Mile 3, Baga, Doron, Bunduram, etc., la population fuit. Il n'y a pas de moyens de transport. Ceux qui ont fui par le lac avec des bateaux, on ne sait pas ce qu'ils sont devenus. Tous les environs sont contrôlés par Boko Haram, donc les autres ont fui à pied en direction de Maiduguri, par différents chemins dans la brousse ».


L'échec des engagements de la conférence de Paris

Pour le sénateur Maina Ma'aji Lawan, c'est donc l'incompréhension. Après la conférence de Paris en mai dernier, en présence de représentants de la communauté internationale, les pays de la région avaient promis de renforcer leur présence militaire et d'entrer en guerre contre Boko Haram, mais finalement, ils ont préféré protéger leurs propres frontières, explique le sénateur nigérian.

« Nous avions un effectif très réduit à Baga, ils étaient en position trop vulnérables pour qu'on puisse rester là », explique le ministre nigérien des Affaires étrangères, Mohamed Bazoum. Le retrait des troupes nigériennes, mais aussi tchadiennes date d'il y a un plus d'un mois. Et pourtant, chaque pays de la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT) avait effectivement promis d'envoyer un bataillon pour renforcer cette force multinationale.

Et selon une source militaire tchadienne, les Nigérians insistaient pour que son quartier général et la zone de déploiement restent à Baga. « Mais personne ne voulait aller là-bas, ce n'était pas possible de déployer des troupes quand Boko Haram était partout autour », poursuit cette source. Deux réunions devraient avoir lieu mi-janvier coup sur coup, une militaire à Ndjamena, l'autre plus politique à Niamey, pour concrétiser les engagements de la conférence de Paris.

« Dommage que toutes ces réunions n'aient pas eu lieu avant la prise de Baga », raille un observateur étranger. « C'est vrai que de laisser un tel accès au lac Tchad à Boko Haram est un risque pour toute la région », souligne-t-il

Dans toute la région, à l'heure où nous parlons, c'est le chaos total, parce que les gens ne savent plus dans quelle direction fuir
Maina Ma'aji Lawan
04-01-2015 - Par RFI
par Rosie Collyer de la rédaction anglaise de RFI