Massacre au Burundi: l'armée va parler

Des soldats burundais en patrouille.
© Bobby Model/Getty images

Au Burundi, après avoir écrasé dans le sang un groupe armé non identifié entré dans le nord-ouest du pays en début de semaine en provenance de la République démocratique du Congo voisine, et dont on ne connaît rien ou presque jusqu’ici, l’armée burundaise va enfin s’expliquer publiquement ce lundi, alors qu’il y a beaucoup de spéculations autour de ce groupe.

Depuis le début, le gouvernement burundais se tait, et les militaires, en première ligne dans ce combat, pèsent chacun de leurs mots, une prudence qui inquiète de plus en plus la société civile.

Pour la première fois, l’opposition radicale regroupée du Burundi au sein de l’ADC-Ikibiri (Alliance démocratique pour le changement au Burundi) a condamné fermement cette attaque hier, dimanche 4 janvier. Elle a dit aussi sa crainte de voir le parti au pouvoir instrumentaliser cette histoire pour essayer de réduire l’opposition au silence, à cinq mois de l’élection présidentielle au Burundi.

Côté officiel, on s’en défend et on cherche à minimiser l’importance de ce groupe. « Ce n’est pas nous qui allons donner un poids politique à un groupe armé qui n’a rien revendiqué », indique une source militaire.

Répression féroce

Ce n’est pas la première fois qu’on groupe inconnu attaque le Burundi, mais une chose semble se confirmer : ce groupe armé était composé de Hutus et de Tutsis, ce qui est plutôt inhabituel. Autre source d’étonnement, les forces de l’ordre burundaises ont fait peu de prisonniers, moins de 10 combattants, et plus d’une centaine de morts.

Pour mémoire, quelque 120 hommes, armés de fusils d’assaut, d’un mortier de 60 mm, de cinq lance-roquettes et de plusieurs mitrailleuses - selon des informations d'un haut gradé de l'armée - sont entrés dans le nord-ouest du Burundi à partir de la RDC, dans la nuit de lundi 29 à mardi 30 décembre. Après cinq jours d’une impitoyable chasse à l’homme, plus de 100 assaillants auraient été tués donc, dont une bonne partie exécutés, parfois à la machette, après leur reddition.

Des observateurs estiment que les autorités en savent certainement plus qu’elles ne le disent actuellement, alors que les méthodes employées par les forces de l’ordre sont en question. Elles sont accusées de nombreux cas d’exécutions extrajudiciaires au cours de ces six jours de combats.