Burundi: la population de Cibitoke marquée par les dernières violences

Eléments de l'armée burundaise.
© AFP PHOTO / SIA KAMBOU

Après avoir vaincu un important groupe armé qui s’est introduit au Burundi depuis la RDC voisine il y a une semaine, l’armée burundaise s’est enfin exprimée, ce lundi. Elle a annoncé que ce groupe visait à déstabiliser le pays à la veille des élections générales de mai 2015, sans en dire plus sur l’identité des rebelles. Dans la province de Cibitoke, située à 70 kilomètres, au nord de Bujumbura, où tout a commencé il y a une semaine, la population se dit fatiguée de toujours vivre le même cycle de violence. Reportage.

A Rwesero, la vie a aujourd’hui repris son cours normal. Ici, une femme étale sur une petite table des avocats qu’elle veut vendre, plus loin une autre puise de l’eau, là, deux soldats sans arme déambulent dans la rue alors que juste à côté, un petit groupe de gens sirotent la fameuse bière Primus du Burundi.

Anitha Nzeyimana, une paysanne de 21 ans, porte son bébé sur le dos. Elle se souvient de ce qui s’est passé mardi matin, il y a juste une semaine : « Lorsqu’on nous a dit qu’ils arrivaient, nous avons mis nos affaires sur la tête et nous avons fui. Puis nous avons entendu le bruit des fusils, et nous nous sommes réfugiés à la commune. Nous sommes fatiguées de toujours fuir avec des enfants sur le dos. »

Selon tous les témoins, c’est là, dans ce village en nid d’aigle perché sur la colline de Rwesero, que soldats de l’armée burundaise et combattants du mystérieux groupe rebelle se sont affrontés pour la première fois mardi. Un seul civil de Rwesero a été tué. C’était, dit-on dans le village, un malade mental qui n’a pas fui avec les autres.

Reportage à Rwesero
06-01-2015 - Par Esdras Ndikumana

Tous ont regagné leur village vendredi après la défaite de ce groupe rebelle, mais ils en ont gros sur le cœur. Comme Saïdi Bukuru, un enseignant qui va sur ses trente ans : « Nous sommes fatigués. Je vais avoir bientôt trente ans, mais si je regarde tout le mal qui nous est arrivé ici sur cette colline, je n’en peux plus. Tous mes oncles ont été emportés par la guerre déjà en 1991. Moi, j’ai grandi en voyant la guerre s’abattre sur nous. Il est plus que temps qu’on ait enfin la paix sur cette colline, pour qu’on puisse enfin se reposer, qu’on ait la paix. »

Malgré le calme retrouvé, la peur continue de régner dans ce village traumatisé par l’histoire violente du pays.