Tunisie: Habib Essid, un Premier ministre «Ennahda-compatible»

Le nouveau président tunisien Beji Caïd Essebsi (D) a chargé Habib Essid (G) de former le nouveau gouvernement.
© REUTERS/Zoubeir Souissi

Habib Essid, 65 ans, est le nouveau Premier ministre tunisien depuis hier. Ex-ministre de l’Intérieur pendant la transition, ex-conseiller à l'Intérieur sous Ben Ali et aussi secrétaire d'Etat à l'Environnement, il a la charge de former dans les prochaines semaines un gouvernement capable de remettre la Tunisie sur les rails après une longue transition éprouvante pour le pays. Pourquoi ce choix et comment est-il perçu ?

Officiellement, c'est un choix justifié par la compétence et l'expérience. On sait aussi qu’Habib Essid a l'oreille du président puisqu'il a été son ministre de l'Intérieur en 2011.

A ce poste il a également travaillé avec le Premier ministre islamiste Hamadi Jebali. C'est ce qui explique peut-être en partie sa nomination. Habib Essid est un homme compatible avec les islamistes et salué même aujourd'hui par le parti Ennahda, la deuxième force du pays. D'autres noms auraient dit-on d'ailleurs été retoqués, car trop marqués par leur position anti-islamiste.

Si Ennahda affiche donc son enthousiasme, dans le camp de la gauche on se dit beaucoup plus réservé, car Habib Essid a occupé plusieurs postes sous Ben Ali. Il a notamment été directeur de cabinet au ministère de l'Intérieur. « Même si nous n'avons rien de précis à lui reprocher, ce n'est pas rien d'avoir été à ce poste », commente Mohamed Jmour, un des responsables du Front populaire qui parle d'une nomination peu encourageante. Le Front populaire avait déjà fait savoir avant la nomination d'Habib Essid qu'il ne participerait pas à un gouvernement dans lequel figureraient des personnalités de l'ancien système.

Nous considérons que M. Habib Essid dispose de la compétence, des qualités personnelles, professionnelles, du patriotisme, du rayonnement et de la capacité de faire consensus aujourd'hui et c'est pour cela que nous avons appuyé cette candidature.
Zied Ladhari
06-01-2015 - Par Marie-Pierre Olphand