Marche républicaine: six présidents africains à Paris

Le président François Hollande (au centre), entouré du président malien IBK (à gauche), la chancelière Angela Merkel (à droite) et de nombreux chefs d'Etats et représentants de gouvernements étrangers, lors de la marche républicaine , le 11 janvier 2015.
© RFI/Pierre René-Worms

La marche républicaine à Paris contre le terrorisme  est une marche historique qui a rassemblé autour du président français François Hollande des plus hauts dirigeants étrangers, dont six chefs d'Etat africains : le Malien Ibrahim Boubacar Keïta, le Nigérien, Mahamadou Issoufou, le Sénégalais Macky Sall, le Béninois Thomas Boni Yayi, le Togolais Faure Gnassingbé, le Gabonais Ali Bongo. L'occasion pour eux d'exprimer leur compassion, mais aussi leur inquiétude, devant la montée des extrémismes sur le continent.

Premier des six chefs d'Etat africains à avoir défilé hier, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), le Malien, placé directement à la droite du président français dans le cortège. Une façon sans doute de marquer l'importance que la France accorde au Mali dans la lutte contre le terrorisme. L'ordre protocolaire du défilé était à lui seul tout un symbole de la place que la France accorde au Mali dans la lutte contre le jihadisme. Deux ans jour pour jour après le début de l'opération Serval, le président malien était à une place centrale du cortège.

Présent également le président nigérien Mahamadou Issoufou, accueilli avec une longue accolade à son arrivée à l'Elysée par son homologue François Hollande. Un autre allié important de la France dans l'action anti-terroriste au Sahel. Ou le Sénégalais Macky Sall. On peut citer par ailleurs le Béninois Thomas Boni Yayi, le Togolais Faure Gnassingbé ou encore le Gabonais Ali Bongo. Le Tchad était quant à lui représenté par son Premier ministre Kalzeubé Payimi Deubet. Six chefs d'Etat et un Premier ministe venus marquer leur compassion pour la France. Mais également marquer l'importance à leurs yeux, d'une lutte globale contre le jihadisme.

Le Nigeria: première zone de préoccupation

Car l'Afrique de l'Ouest et du Centre voit progresser avec inquiétude les zones d'implantation des extrémistes musulmans. C'est le Nigeria qui est la première zone de préoccupation pour les chefs d'Etat d'Afrique de l'Ouest et du Centre. Un attentat à la voiture piégée en a encore fait la preuve aujourd'hui. Deux explosions ont eu lieu dans un marché bondé dans la ville de Potiskum, dans le nord-est du Nigeria. Les forces armées ne parviennent pas à endiguer la progression de la secte islamiste Boko Haram dans le nord-est du pays et l'avancée des extrémistes crée un risque croissant de contamination des pays voisins.

Le nord du Cameroun fait l'objet de raids réguliers et les jihadistes tentent d'y recruter des combattants. Au Niger, le maire de la ville frontalière de Diffa, a récemment vu flotter le drapeau noir des jihadistes de l'autre côté de la frontière, et dit craindre d'éventuelles attaques. Le Tchad voit lui aussi les islamistes s'approcher de ses frontières. Des centaines d'insurgés lourdement armés ont réussi ces dernières semaines à s'emparer de la ville de Baga dans l'extrême nord-est du Nigeria. Seize villes et villages des rives du lac Tchad ont été rasés au cours de ces raids.

Interrogé par RFI, le président du Togo, Faure Gnassingbé a d'ailleurs regretté que la même attention ne soit pas portée à la question du terrorisme en Afrique. « Nous sommes dans une région où le terrorisme sévit. Nous le regrettons parfois que les réactions ne soient pas les mêmes, quand ces événements se produisent dans nos pays, au Nigeria, au Kenya ou au Mali. Mais je me dis justement, aujourd’hui c’est l’occasion d’être là pour que nos amis occidentaux comprennent aussi que c’est l’affaire de tous quand il s’agit de terrorisme. Si nous reprochons aux Occidentaux de ne pas être à nos côtés quand il y a des attentats c’est justement l’occasion de venir à leurs côtés pour qu’ils comprennent que c’est le même mal même s’il prend des formes différentes que ce soit en Afrique, au Moyen-Orient, ou en Europe. C’est le même mal ».

« Paris est un appel à l'union sacrée des dirigeants Africains »

A Dakar, le ministre de la Justice Sidiki Kaba s'est également déclaré concerné par la menace terroriste, ce qui donne selon lui un sens à la présence de Macky Sall à Paris. « Paris est un appel pour que l'union sacrée des dirigeants africains soit une réalité. Quand on voit ce qui se passe avec la secte Boko Haram, au niveau du Nigeria, et qui est en trainde s'étendre [...] nous devons dire que la vie est sacrée. On doit être debout pour lutter ensemble, dans une coopération sérieuse et sans faille contre tous les extrémismes les piliers qui fondent la démocratie. »

Mais les chefs d'Etat africains sont également préoccupés par la situation au dans le sud de la Libye, qui est devenu un sanctuaire jihadiste. Face aux risques de contamination dans la sous-région, les présidents tchadien, malien et sénégalais ont estimé que les Occidentaux devaient « achever le travail » commencé lors de leur intervention en 2011. Et qu'ils devaient intervenir dans la zone pour neutraliser les extrémistes. Un point de vue partagé par les Nigériens.

D'autres responsables africains sont venus à Paris pour représenter leurs pays, à l'instar du Premier ministre tchadien Kalzeubé Payimi Deubet, mais aussi du ministre algérien des Affaires étrangères Ramtane Lamamra. Or les frères Kouachi, responsables de l'attentat de Charlie Hebdo étaient des Français d'origine algérienne. Mais pour Ramtane Lamamra, interviewé par RFI, ceci ne veut rien dire. « Ils ne se sont jamais préoccupés d'avoir des documents algériens, affirme-t-il, même si leur père, lui, en a eu à un certain moment. Je crois qu'il est important de ne pas identifier les citoyens français par leur origine, même quand on le fait de bonne fois, il s'agit souvent d'un premier pas vers des amalgames [...] L'appartenance des parents ou des grands-parents à l'Algérie n'est absolument pas à être invoqué [...] Ces personnes là n'ont pas visité l'Algérie, ne sont pas gérés par le consulat d'Algérie, et n'ont donc pas de lien avec l'Algérie. »