Des photos satellites dévoilent le dernier carnage de Boko Haram

Ces deux photos satellite prises à cinq jours d'intervalle montrent que le village de Baga a été en partie rasé entre le 2 et le 7 janvier 2015.
© AFP PHOTO / DIGITALGLOBE / AMNESTY INTERNATIONAL

Amnesty International publie des images satellites de la zone des villages de Baga et Doron Baga, au Nigeria, prises avant et après les massacres commis dans la région par la secte Boko Haram. Ces images prouvent l'ampleur de destructions commises par les jihadistes les 3 et 7 janvier derniers. Près de 3 700 structures - maisons, bâtiments et concessions - ont été détruites. Selon l’ONG, les islamistes auraient tué plusieurs centaines, peut-être deux mille personnes, dans une quinzaine de villages de cette région nord de l'Etat de Borno. Tandis que les autorités évoquent un bilan de 150 morts.

Doron Baga, un village de quatre kilomètres carrés, est quasiment rayé de la carte. Baga, situé à quelques kilomètres de là, est à moitié détruit. C’est ce que l'on peut voir sur les images satellites qu'Amnesty International a achetées auprès d'un opérateur privé. Dans ces deux villages en bordure du lac Tchad, 3 700 maisons, commerces ou bâtiments ont été détruits par le feu.

Ces images impressionnantes corroborent les témoignages recueillis par Amnesty dans la zone. Le 3 janvier, après avoir attaqué la base militaire de Baga, les extrémistes de Boko Haram s'en sont pris à la ville, brûlant les maisons, tuant les hommes et kidnappant femmes et enfants. Une grande partie des habitants ont pu s'enfuir, soit en pirogue sur le lac Tchad, soit en brousse, mais les hommes armés les ont poursuivis, semant la terreur dans une quinzaine de villages au total. D'après les témoignages, Boko Haram voulait faire payer aux habitants le fait que certains d'entre eux appartiennent à la Force d'intervention civile conjointe, une milice populaire censée épauler l'armée.

Désormais, ces villages sont quasi abandonnés. Près de 5 000 habitants de Baga ont trouvé refuge à Maiduguri, la capitale régionale. Rien que pour l'année 2014, Amnesty International estime à 4 000 le nombre de victimes civiles de Boko Haram dans cette région du nord du Nigeria.

Les images satellites, un outil précieux

Cette technique des photos satellite s'avère de plus en plus indispensable, à la fois pour recueillir des informations, mais aussi dans l'optique de poursuite des auteurs de ces massacres. L’organisation de défense des droits de l’homme Amnesty international a déjà recouru à cette technique au Soudan du Sud et en République centrafricaine. Dans les zones de conflit difficilement accessibles, les photos satellites sont un outil précieux. La technologie s'est affinée et elle est désormais abordable pour une organisation comme Amnesty International.

« Aujourd’hui, avec les satellites auxquels nous avons accès, le rendu en termes de qualité est suffisamment important pour pouvoir observer entre deux photos s’il y a eu des différences intervenues. Donc là, nous avons recouru à une société, qui est un prestataire qui fournit à la demande, et nous lui avons demandé des photos pour faire des points de comparaison entre des photos satellites avant les événements, aux alentours du 2 janvier, et des photos autour du 7 janvier, donc après les événements du 3 janvier », a déclaré à RFI Aymeric Elluin, chargé de campagne à Amnesty.

Pointer les satellites sur les auteurs de crimes, c'est aussi permettre un jour à la justice de faire son travail. La Cour pénale internationale qui a ouvert une enquête préliminaire sur les crimes commis par Boko Haram pourrait très bien verser ces pièces au dossier. « Tous les documents que nous pouvons rassembler sont autant de faisceaux de preuves qui peuvent permettre d’aider le travail de la Cour pénale internationale et c’est pour cela que les images satellites sont importantes. Elles montrent comment, entre un moment donné et un autre moment donné, une évolution a eu lieu sur le terrain et une évolution sanglante », a ajouté Aymeric Elluin.

Cependant, pour Amnesty International, le premier effet de ces photos satellites est bel et bien d'alerter l'opinion publique et de pousser les dirigeants à agir.

 


■ Les Etats-Unis condamnent le dernier massacre de Boko Haram

Ce qu’ils ont fait récemment, ce massacre, c’est un crime contre l’humanité, rien de moins. C’est un horrible massacre d’innocents et Boko Haram reste une menace sérieuse.
John Kerry
15-01-2015 - Par RFI