Idriss Déby appelle les pays africains à s’engager contre Boko Haram

Le président du Tchad, Idriss Déby à Ndjamena, le 22 novembre 2014.
© AFP/MIGUEL MEDINA

Après avoir annoncé son engagement aux côtés du Cameroun et du Nigeria dans la guerre contre la secte islamiste, le président tchadien, qui a accompagné ses troupes à la frontière, a appelé tous les pays africains à se donner la main pour combattre Boko Haram.

« Nous ne pouvons pas dire que nous sommes indifférents à ce qui se passe, indique la président Idriss Déby, parce que nous sommes concernés directement et parce que nous estimons que le Cameroun ne doit pas faire face seul à cette nébuleuse. J’ai lancé aussi un appel aux pays de la CAC [Communauté de l’Afrique centrale, NDLR] et à tous les pays du continent africain afin qu’ils viennent avec nous pour former une large coalition pour faire face à cette nébuleuse Boko Haram et montrer ainsi à la face du monde que l’Afrique est capable de résoudre ses problèmes. »

Les forces tchadiennes ont donc traversé la frontière camerounaise hier, samedi. Au lendemain de l’adoption de la résolution de l’Assemblée nationale autorisant l’armée tchadienne à s’engager aux côtés du Cameroun et du Nigeria dans la guerre contre la secte islamiste Boko Haram, des manifestations de soutien aux forces armées ont été organisées à Ndjamena et en province, à l’appel du parti au pouvoir. A chaque fois, pour lancer un message d’encouragement : « Nous, populations de Ndjamena, apportons notre soutien total aux forces de défense et de sécurité, les encourageons à faire preuve de courage et de détermination dans ce nouveau combat pour la paix et la sécurité dans le bassin du lac Tchad, comme elles l’ont démontré dans le septentrion malien. »

Même si dans l’opinion publique, certains s’interrogent encore sur l’opportunité d’envoyer des soldats hors du pays, samedi, les pick-up bourrés de soldats ont été applaudis sur leur passage partout dans la ville.

Le chef de l’Etat, qui s’est déplacé jusqu’à la frontière camerounaise pour encourager les 2 000 hommes en partance pour le front, a rappelé que puisqu’il s’agit d'une guerre, il y aurait des morts, du sang, mais nous ne pouvions, a-t-il dit, rester indifférents à l’appel du président Paul Biya.

Le Nigeria a besoin de retrouver la confiance de sa population

De son côté, la sous-secrétaire générale de l'ONU, Leila Zerrougui, appelle à une « réponse régionale » et internationale à tous les niveaux. En tournée au Nigeria cette semaine, elle a aussi plaidé pour que le pays soit au cœur de toutes les actions qui sont menées. Leila Zerrougui a rencontré le ministre de la Justice, les patrons de l'armée et de la sécurité, elle s'est aussi rendue dans l'Etat de l'Adamawa, un des trois Etats où sévit Boko Haram. Pour elle, la décision du Tchad de venir en aide au Cameroun est une bonne chose, mais la réponse doit passer par une meilleure coordination avec le Nigeria.

Il n'y a pas que la réponse militaire, il y a aussi une réponse humanitaire à apporter, une réponse économique envers les populations du Nord qui ont tout perdu avec la crise, il y a une réponse judiciaire. Donc il y a beaucoup de chose que le Nigeria doit faire.
Leila Zerrougui
18-01-2015 - Par Marie-Pierre Olphand

Elle assure avoir passé des messages très clairs aux autorités notamment sur les allégations de violence exercée par les forces armées et sur le recrutement d'enfants par les milices pro-gouvernementales. Pour endiguer la menace, explique-t-elle, le Nigeria doit à tout prix retrouver la confiance de la population.

Si on veut réduire la nuisance de Boko Haram, on doit garantir que la majorité de la population est derrière le gouvernement et se sent protéger.
Leila Zerrougui
18-01-2015 - Par Marie-Pierre Olphand