Emeutes au Niger: lourd bilan et deuil national

Une église pillée et incendiée par les manifestants lors des émeutes du 17 janvier, à Niamey.
© AFP PHOTO / BOUREIMA HAMA

Au Niger, les autorités ont décrété trois jours de deuil suite aux violentes manifestations des 16 et 17 janvier à Zinder et à Niamey. Des manifestations de désapprobation d'une caricature de Mahomet en Une du dernier numéro de Charlie Hebdo qui ont dégénéré en pillages et en destructions des églises et des commerces chrétiens. Ces deux journées d'émeutes ont au total fait dix morts.

C’est un bilan très lourd que la police nationale a rendu public ce lundi matin. Un bilan des événements de Niamey beaucoup plus élevé que prévu, avec notamment 45 églises pillées, saccagées et incendiées par les manifestants. 36 bars-restaurants ont subi le même sort, cinq hôtels et auberges n’ont pas non plus échappé à la vindicte des manifestants.

Telles des actions planifiées, ce sont des jeunes gens en colère à moto avec des cocktails molotov et des bidons d’essence qui ont passé au peigne fin la ville de Niamey et sa périphérie à la recherche de leur cible. Dans une église de la périphérie, par exemple, les corps de deux enfants mineurs, fils de gardiens, ont été retrouvés au milieu des débris.

Du jamais vu au Niger. Selon plusieurs observateurs, l’intolérance religieuse a atteint son paroxysme au Niger. Plusieurs écoles de référence, victimes de ces violences n’ont pas ouvert leur porte ce lundi. Un deuil de trois jours a été décrété par le gouvernement.

Des enquêtes seront ouvertes, dit-on, pour identifier les responsables. Déjà 199 personnes ont été interpellées et interrogées à la police judiciaire de Niamey. Dans leurs premières investigations, les enquêteurs de la police nationale ont décelé des similitudes entre les manifestations de Zinder et Niamey. Elles résident entre autres dans la distribution aux jeunes de bidons d’essence et de pneus usagés par des équipes mobiles. 

Par ailleurs, l'opposition nigérienne a exigé lundi la « libération immédiate » et inconditionnelle de 90 de ses membres, arrêtés dimanche au cours d'une manifestation sans rapport avec celles qui ont secoué Zinder vendredi et Niamey samedi. L'APRD « exige la libération immédiate et sans condition » de ses militants et militantes « otages du régime et arbitrairement détenus », selon un communiqué lu par l'ex-président Mahamane Ousmane

Ce lundi soir, le président nigérien, Mahamadou Issoufou, a reçu des représentants de la communauté chrétienne. Souleymane Galadima, Nigérien et chargé de communication à Caritas Niger, est l’Invité d’Afrique Soir de RFI.

Aujourd’hui, moi, en tant que chrétien, je me sens visé. Mon église a été pillée et détruite. Ce n’est pas la France (qui a été visée), c’est mon église. […] Tous les Nigériens sont surpris. C’est la première fois qu’on voit de telles scènes.
Souleymane Galadima
19-01-2015 - Par Christine Muratet