RDC: le vote sur la loi électorale controversée reporté par le Sénat

Près de l'Assemblée nationale, un rassemblement de plus de 300 personnes a été dispersé à coup de gaz lacrymogènes et de tirs, à Kinshasa, le 19 janvier 2015.
© RFI/LL.WESTERHOFF

En République démocratique du Congo (RDC), un calme fragile a régné, ce jeudi 22 janvier, à Kinshasa. Accalmie relative après trois jours de violences meurtrières, alors que le Sénat congolais a repoussé de jeudi à vendredi son vote sur le projet de réforme électorale qui a provoqué de violentes manifestations dans le pays. Ce jeudi, la journée a été plutôt calme à Kinshasa, mais il y a plusieurs autres foyers de contestation dans le reste du pays.

« Cette loi est importante », a déclaré le président du Sénat Léon Kengo Wa Dondo pour justifier ce report. Il a aussi expliqué que la commission de sénateurs était encore en train d’examiner la loi et qu’il fallait lui donner du temps pour que ce travail puisse « satisfaire tout le monde ». Un report qui ressemble donc fort à un signal d’apaisement ou, en tout cas, le signe que des modifications sont en train d’être faites sur ce texte. Reste à savoir lesquelles.

Tout le monde attend bien sûr de voir ce que va devenir l’article 8. C’est lui qui conditionne la tenue des élections 2016 à un recensement et que beaucoup soupçonnent de servir à retarder la présidentielle et ainsi de prolonger le mandat de Joseph Kabila. Cette loi est au centre de toutes les préoccupations et aussi de la communauté internationale.

Mercredi soir et ce jeudi matin, six ambassadeurs, représentants de l’Union européenne, des Etats-Unis et des Nations unies ont rencontré le président du Sénat Kengo Wa Dondo et le président de l’Assemblée nationale Aubin Minaku, avec l’objectif d’appeler à ce qu’une solution consensuelle soit trouvée - vu les heurts des derniers jours - à savoir une loi électorale qui permette finalement de garantir que la présidentielle ait bien lieu en 2016.

Foyers de contestation dans trois provinces

Si la journée de ce jeudi a été plutôt calme à Kinshasa, il y a eu plusieurs autres foyers de contestation dans le reste du pays et notamment dans trois provinces, à savoir le Bas-Congo, Sud-Kivu et Nord-Kivu.

L'ampleur des manifestations reste assez limitée à l'échelle de la RDC, mais avec des foyers de contestation où la mobilisation reste particulièrement forte. C’est le cas notamment dans le Sud-Kivu où la société civile et l'opposition avaient appelé à une journée ville morte jeudi et vendredi. Ce jeudi, le mot d'ordre a été plutôt suivi avec boutiques fermées et circulation au ralenti. Les organisateurs se félicitent de ce succès.

Au Nord-Kivu, c’est une autre méthode qui a été adoptée. Une manifestation a été signalée à Butembo, mais c'est surtout à Goma que la journée a été particulièrement agitée.

Quatre cortèges composés de centaines de manifestants - surtout des jeunes et des étudiants - ont battu le pavé, bravant les forces de l'ordre auxquelles ils avaient déjà eu à faire la veille. Cette fois-ci, ils étaient mieux organisés, avec des points de ralliement, des pancartes, n'hésitant pas - pour les leaders - à passer des coups de fil à leurs sénateurs pour se plaindre.

Leur objectif est celui d’obtenir le retrait de la loi électorale tant contestée, mais aussi la libération d'opposants politiques et d'activistes. Depuis le début de la semaine, on décompte plus d'une quarantaine d'arrestations à Goma. Parmi les détenus, un quart seulement a été libéré et les interpellations se poursuivent. Au moins deux opposants ont été arrêtés en ville en marge des protestations.

En ce jeudi, les manifestations ont une nouvelle fois tourné à l'affrontement avec la police, débordée, mais surtout avec l'armée qui, une fois de plus, a tiré à balles réelles face à des manifestants qui jetaient des pierres. Le bilan est au moins de trois morts, selon des témoins. Le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, fait état de deux morts.

Des dégâts ont également été signalés avec notamment des boutiques de téléphonie mobile attaquées par les manifestants qui accusent ces opérateurs d'être complices de la censure imposée par le gouvernement. L'accès aux réseaux sociaux et aux SMS est toujours suspendu.

« Ce sont juste de jeunes voyous qui veulent tout casser », dénonce un responsable local. Dans un message diffusé à la radio, le maire de Goma a annoncé que tous les établissements d'enseignement fermaient leurs portes jusqu'à lundi, le temps d'un retour au calme.

Dans le Bas-Congo, à Kimpese, la police est également intervenue pour disperser des manifestants et à Matadi, les forces de l'ordre quadrillaient la ville, empêchant tout rassemblement.
 

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.