Burundi: le directeur de la radio RPA placé à l'isolement

Entrée du petit couvent où ont été tuées les trois religieuses, à Bujumbura.
© RFI/Esdras Ndikumana

Au Burundi, le directeur de la Radio publique africaine, la RPA, une station privée souvent accusée par le pouvoir de rouler pour l’opposition, arrêté et écroué d’abord dans la prison de Bujumbura mardi, a été transféré sans aucune explication dans une prison du centre du Burundi où il a été placé à l’isolement. Un régime carcéral très dur destinée à le casser, accuse la société civile et les médias burundais.

Lorsque le directeur de la RPA s’est réveillé hier matin dans sa cellule, il ne se doutait pas de ce qui l’attendait. Mais vers 9h00, le directeur de la prison de Mpimba à Bujumbura est arrivé brusquement, et lui a demandé de faire sa valise. Bob Rugurika est alors embarqué à bord d’un véhicule qui l’achemine, à l’insu de sa famille et de ses avocats, jusqu’à Muramvya au centre du Burundi, où il a été placé dans une cellule dite de « correction » destinée d’habitude aux fortes têtes.

Rappelons que Bob Rugurika a été arrêté pour « complicité d’assassinat » de trois religieuses italiennes en septembre dans un quartier, à la suite d’une série de reportage de sa station qui attribue ces crimes à un commando recruté par de hauts responsables burundais, dont l’ancien chef des services secrets, l’un des piliers du pouvoir burundais. Une version qui a mis à mal celle de la justice burundaise, qui avait arrêté et emprisonné depuis quatre mois un homme considéré comme un déséquilibré dans le quartier de Kamenge, dans le nord de Bujumbura, où ces religieuses ont été sauvagement assassinées.

Réactions inquiètes de la société civile

Le président de l’Aprodeh, la principale association des droits de l’homme au Burundi, a suivi l'évolution de cette affaire. Il décrit des conditions « épouvantables » de vie. « Il est isolé dans une petite chambre sombre, il y a uniquement quelques trous d’aération, explique Pierre-Claver Mbonimpa. Le directeur a révélé qu’il a eu des ordres du procureur général de la République de ne pas accepter de visites. C’est une sorte de torture et plus grave, torture psychologique et même physique ».

De leur côté, les médias burundais ne décolèrent pas. Et pour le président de l’Observatoire de la presse, Innocent Muhozi, cet emprisonnement est une « honte pour l’état burundais ».
« Ce qu’ils sont entrain de lui faire traduit une volonté manifeste, claire et nette de le détruire physiquement et moralement. C’est du jamais vu, s'indigne Innocent Muhozi. Ca veut dire que soit, ce crime a été commis par l’état burundais ou alors, des individus dans l’état burundais ont commis ce crime et l’état burundais est en train d’être instrumentalisé pour couvrir les assassins ».

Ces médias burundais sont aujourd’hui mobilisés plus que jamais pour arracher la libération du directeur de la RPA : des journaux spéciaux, de nombreux directs, des micros-trottoirs sont organisés tous les jours. Rien n’a été laissé au hasard.